Performance classes d’actifs 2025 : comparatif et pistes pour 2026

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Cinq disques 3D concentriques empilés en spirale, surfaces mates et texturées, grande zone vide à l'arrière-plan.

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Colonne verticale en plaques rectangulaires empilées, une plaque plus haute, petit socle avec plaques dispersées, arrière-plan vide.

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Porte-monnaie matériel stylisé (hardware wallet) rectangle avec motif de puce, grille de cubes connectés en arrière-plan.

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Lingot d'or abstrait 3D posé sur un socle bas, rangée de petits quaders en arrière-plan, surfaces mates beige.

En 2025, nombre d’épargnants français ont eu la désagréable surprise de voir leurs gains rognés par une fiscalité alourdie, alors même que les performances 2025 de certaines classes d’actifs ont été spectaculaires. Depuis le 1er janvier 2025, les prélèvements sociaux et la flat tax ont grimpé à 18,6 % et 31,4 %, ce qui rend chaque erreur de choix entre marchés actions, immobilier, obligations, or ou crypto bien plus coûteuse en net. Dans le même temps, l’or a bondi de 65 %, le S&P 500 et le MSCI World ont signé une nouvelle année de hausse à deux chiffres, tandis que le bitcoin corrigeait après un record historique et que le marché immobilier français redémarrait sans flambée des prix, créant un fossé entre ceux bien diversifiés et ceux restés centrés sur quelques produits peu adaptés.

Dans ce guide, nous passons en revue, les performances 2025 des principales classes d’actifs et des enveloppes clés en France, puis nous en tirons des pistes concrètes pour bâtir une allocation patrimoniale robuste en 2026, du panorama chiffré des marchés jusqu’aux choix pratiques entre ETF, SCPI, fonds euros, PEA et assurance vie.

1. Panorama 2025 : où en sont les grandes classes d’actifs ?

Avant d’entrer dans le détail de chaque marché, nous allons d’abord passer en revue les grandes classes d’actifs en 2025, chiffres à l’appui, pour que vous puissiez situer votre propre patrimoine. Ensuite, nous replacerons ces performances dans le contexte macroéconomique français (inflation, taux, change, fiscalité), car ce sont ces paramètres qui transforment un bon rendement brut en bon rendement net. Enfin, tout au long de l’article, nous en déduirons ce que ces constats changent concrètement pour votre allocation patrimoniale 2026.

1.1 Mettre 2025 en perspective pour un investisseur français

Vu d’ensemble, 2025 a été une année très contrastée selon les classes d’actifs. À une extrémité du spectre, l’or a flambé de +65 % en dollars, signant sa meilleure performance depuis 1979 et installant un nouveau régime de prix au‑dessus de 4 000 dollars l’once. De l’autre côté, le pétrole a reculé d’environ ‑18 à ‑20 % malgré un contexte géopolitique tendu, rappelant qu’un excès d’offre peut l’emporter sur les tensions politiques.

Les marchés actions ont, eux aussi, bien fonctionné, mais pas de manière homogène. L’indice mondial MSCI World progresse de l’ordre de +20 à +21,6 % en 2025, porté en grande partie par les États‑Unis. Le S&P 500 gagne +17,9 % en total return, le Nasdaq 100 environ +21 %, tandis que les grands indices européens affichent des performances dispersées : Euro Stoxx 50 à +14,4 %, DAX allemand à +23 %, IBEX espagnol à +49,3 %, mais CAC 40 limité à +10,42 % (environ +14,3 % dividendes réinvestis).

Pour un résident français, ces performances brutes ne suffisent pas : il faut les lire en euros. La baisse du taux de change EUR/USD d’environ ‑6 % en 2025 renforce mécaniquement la performance des actifs libellés en dollars. Ainsi, un ETF S&P 500 coté en euros se situe plutôt autour de +25 % sur l’année, ce qui creuse encore l’écart avec un portefeuille resté cantonné au seul marché français.

Du côté des placements plus défensifs, les obligations investment grade retrouvent de l’attrait après deux années difficiles : la plupart des indices obligataires de bonne qualité affichent +7 à +9 % en 2025, portés par la baisse des taux directeurs en zone euro. Les fonds euros d’assurance vie, eux, restent sur un rendement moyen autour de 2,5 à 2,6 %, avec des offres bonifiées qui montent ponctuellement vers 4 à 4,6 %. Les SCPI (pierre papier) délivrent un taux de distribution moyen de 4,72 %, soit un niveau supérieur aux fonds euros, mais avec un risque et une fiscalité différents.

Sur l’immobilier résidentiel français, l’année 2025 marque une forme de normalisation. Les prix moyens n’augmentent que d’environ +0,4 %, tandis que les transactions repartent à la hausse : +12 % sur le premier semestre par rapport à 2024. Autrement dit, le marché redémarre en volume sans surchauffe des prix, ce qui est plutôt sain pour les ménages qui achètent pour se loger ou investir.

Les crypto‑actifs offrent un tableau plus nuancé. Bitcoin commence l’année autour de 93 000 dollars, atteint un record historique proche de 126 300 dollars en octobre, puis termine entre 88 000 et 93 500 dollars, soit une performance annuelle voisine de ‑6 %. Ce recul intervient après une envolée de +121 % en 2024 : 2025 ressemble donc davantage à une phase de consolidation qu’à un effondrement. Certaines altcoins ont surperformé sur des niches (IA, gaming), mais la volatilité demeure extrême et les pertes possibles restent importantes.

Ce panorama ne peut se comprendre sans rappeler le contexte macroéconomique français. L’inflation a été contenue, autour de 1 % en moyenne, et retombe à 0,8 % en décembre 2025. Dans le même temps, la Banque centrale européenne a procédé à huit baisses de taux depuis 2024, pour stabiliser la facilité de dépôt à 2 % en juin 2025. Cette détente monétaire explique en grande partie le rebond des obligations et le soutien aux marchés actions.

Pour 2026, la grande nouveauté pour un épargnant français tient surtout à la fiscalité. Les prélèvements sociaux 18,6 % et la flat tax 31,4 %. Concrètement, un même rendement brut sera sensiblement moins généreux en net qu’il ne l’était encore il y a quelques années, ce qui renforce l’intérêt des enveloppes comme le PEA (Plan d’Épargne en Actions) et l’assurance vie, que nous retrouverons plus loin dans l’article.

L’enjeu, désormais, est de traduire ces chiffres en décisions pratiques : comment ajuster son allocation 2026 quand l’or a déjà pris 65 %, que les actions mondiales engrangent plus de 20 % et que Bitcoin corrige après un record ? Pour répondre à cette question, nous allons commencer par analyser en détail les marchés actions, cœur de la plupart des portefeuilles, avant de passer aux cryptomonnaies.

Carte thermique des performances 2025 des principaux indices boursiers européens, avec surperformance marquée de l’IBEX, du FTSE MIB et du DAX par rapport au CAC 40.
Performances indices européens 2025 (CAC 40, DAX, IBEX)

Cette cartographie permet déjà de voir à quel point rester focalisé sur la Bourse de Paris a coûté cher en performance relative, thème que nous développerons plus loin lorsque nous comparerons les grands indices européens.

2. Actions en 2025 : moteurs de performance et pièges de concentration

Nous avons vu que les marchés actions ont largement contribué à la performance 2025 des portefeuilles. Le point clé, maintenant, est de comprendre d’où vient exactement cette performance : des États‑Unis et de la technologie, de l’Europe continentale, ou d’une vraie diversification mondiale. Pour y répondre, on commence par la locomotive du moment, la bourse américaine, avant d’élargir à l’Europe puis au MSCI World.

2.1 Actions américaines : la tech et l’IA toujours aux commandes

Quand on regarde la bourse usa aujourd’hui à travers les grands indices, 2025 confirme la domination des actions américaines et, surtout, du secteur technologique. Le S&P 500 progresse de +17,9 % en total return, le Nasdaq 100 de +21 %, et le Dow Jones de +14,9 %. Si l’on segmente par style, les valeurs de croissance (S&P 500 Growth) gagnent +22,2 %, contre +13,2 % seulement pour le S&P 500 Value.

Cette différence s’explique en grande partie par le poids des « Magnificent Seven » (Nvidia, Meta, Alphabet, Broadcom, Microsoft, Amazon, Apple). Ces sept valeurs expliquent à elles seules 52 % de la performance du S&P 500 en 2025. Le secteur technologique, qui représente environ 25 % de la capitalisation de l’indice, affiche une croissance des bénéfices de +29 % au troisième trimestre, quand le reste du marché se contente d’environ +9,8 %. Autrement dit, une poignée de géants de l’IA et du cloud continue de tirer l’ensemble du marché vers le haut.

L’année n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille. Le S&P 500 a inscrit un plus‑haut historique à 6 144 points en février, avant de décrocher de 16 % en avril à la suite des nouvelles hausses de tarifs douaniers décidées par l’administration Trump. De mai à la fin de l’année, l’indice rebondit ensuite d’environ 39 % en total return, porté par les publications robustes des grandes valeurs tech et par des indicateurs macroéconomiques américains toujours solides (chômage maîtrisé, consommation résiliente).

Pour un investisseur français, l’effet devise a été un renfort supplémentaire. La baisse de l’euro face au dollar d’environ 6 % en 2025 signifie qu’un ETF S&P 500 coté en euros affiche aux alentours de +25,4 %, soit presque 8 points de plus que la performance en dollars. Cette différence est majeure lorsqu’on compare la performance nette d’un portefeuille centré sur les actions américaines à celle d’un portefeuille resté cantonné au CAC 40.

En pratique, la conséquence est claire : il est très difficile, pour un particulier, de reproduire ce type de performance en sélectionnant lui‑même quelques titres américains. L’essentiel de la hausse vient de quelques mégacapitalisations souvent déjà très chères, et manquer ne serait‑ce que deux ou trois de ces valeurs peut pénaliser fortement un portefeuille. D’où l’intérêt, dans la plupart des cas, de privilégier des ETF larges (S&P 500, MSCI World) plutôt que le stock‑picking individuel sur le marché US.

Pour un résident fiscal français, l’accès aux actions américaines se fait soit via un compte‑titres ordinaire (CTO), avec la flat tax de 31,4 %, soit via des ETF synthétiques éligibles au PEA qui répliquent les grands indices américains tout en restant juridiquement européens. Ces ETF permettent de bénéficier de la fiscalité avantageuse du PEA (exonération d’impôt sur le revenu après cinq ans, seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % restant dus), tout en s’exposant à la dynamique de Wall Street. Pour structurer un portefeuille PEA solide en intégrant cette exposition, il est pertinent de revoir les règles détaillées dans le guide dédié au PEA.

Pour matérialiser la différence de comportement entre indices américains, le tableau ci‑dessous reprend les grandes métriques 2025.

IndicePerformance USDPerformance EUR*Volatilité 2025ATH 2025
S&P 500+17,9%+25,4%Modérée6 144 pts (fév.)
Nasdaq 100+21,0%+28,9%ÉlevéeN/D
Dow Jones+14,9%+22,5%FaibleN/D
S&P 500 Growth+22,2%+30,1%ÉlevéeN/D
S&P 500 Value+13,2%+20,7%FaibleN/D
Russell 2000 (small caps)+12,8%+20,3%Très élevéeN/D

*Estimation avec ‑6 % EUR/USD

On voit immédiatement à quel point les indices de croissance et le Nasdaq ont été plus volatils, mais aussi plus rémunérateurs, que les indices value ou le Dow Jones. Cela pose la question du dosage entre exposition large et paris plus ciblés sur la technologie ou l’IA, sujet que nous approfondirons lorsque nous parlerons de growth investing.

Graphique en cascade montrant la contribution de chaque secteur à la performance totale du S&P 500 en 2025, avec une part disproportionnée de la technologie.
Waterfall contribution sectorielle S&P 500 2025

Ce graphique de contribution sectorielle illustre bien à quel point la concentration de la performance globale de l’indice dépend de quelques segments très précis, une concentration qu’il faudra garder à l’esprit quand nous aborderons les risques liés aux ETF pondérés par la capitalisation.

Une fois ce moteur américain compris, il est logique de se demander comment s’est comportée l’Europe, et en particulier la Bourse de Paris. C’est l’objet de la section suivante.

2.2 Actions européennes : pourquoi le DAX et l’IBEX ont écrasé le CAC 40

En Europe, 2025 a été tout sauf homogène. Si l’on ne regarde que le CAC 40 à +10,42 % (environ +14,3 % dividendes inclus), on peut avoir l’impression que les indices boursiers européens ont simplement suivi, de loin, la tendance américaine. Mais dès que l’on compare les grandes places boursières, les écarts deviennent spectaculaires.

Le DAX 40 allemand progresse ainsi de +23 %, le FTSE 100 britannique de +21,5 %, le FTSE MIB italien de +31,5 % et surtout l’IBEX 35 espagnol de +49,3 %. L’Euro Stoxx 50, qui regroupe les principales capitalisations de la zone euro, gagne +14,4 %. Autrement dit, un investisseur français restant strictement cantonné au CAC 40 a laissé sur la table une partie importante de la performance possible au sein même de l’Europe.

Plusieurs facteurs expliquent ce retard français. Sur le plan politique, l’instabilité liée à la dissolution et aux débats budgétaires a pesé sur les valeurs d’infrastructures et de concessions (Vinci, Eiffage) sensibles au risque réglementaire. Sur le plan sectoriel, le CAC 40 demeure très exposé au luxe, un segment en ralentissement avec un contexte moins porteur en Chine, et sous‑exposé à des secteurs qui ont brillé en 2025, comme la défense ou certaines banques. Dans le détail, on observe des contrastes marqués : Société Générale +153 %, mais des poids lourds comme Schneider Electric reculent légèrement (‑2,49 %) et LVMH ne gagne qu’environ +0,3 %, ce qui pèse sur l’indice.

En Allemagne et en Espagne, la composition sectorielle a joué dans l’autre sens. Le DAX a fortement bénéficié des valeurs de défense (Rheinmetall +150 %) et d’acteurs liés à la transition énergétique et aux infrastructures (Siemens Energy +140 %), dans un contexte de plan de réarmement européen massif. L’Espagne a profité d’un secteur bancaire très dynamique, d’une revalorisation des valeurs domestiques et de la détente monétaire en zone euro. Les réformes budgétaires annoncées en Allemagne, en particulier la remise en cause du frein à l’endettement par le gouvernement Merz, ont également rassuré les marchés sur la capacité du pays à investir.

Pour un épargnant français, la leçon est simple : limiter son PEA au seul CAC 40 est une sous‑stratégie coûteuse en performance. Le PEA (Plan d’Épargne en Actions) permet en réalité de s’exposer à l’ensemble de l’univers européen via des ETF sur l’Euro Stoxx 50, le DAX, l’IBEX ou encore des indices pays spécifiques. Construire un portefeuille PEA véritablement multi‑pays, plutôt que de se contenter de l’indice phare français, permet de lisser les risques politiques propres à chaque pays et de capter les cycles sectoriels qui ne sont pas présents à Paris. Pour approfondir les possibilités offertes par cette enveloppe, n’hésitez pas à consulter notre guide complet sur le PEA.

Le tableau suivant synthétise les performances et les grandes caractéristiques des principaux indices européens en 2025.

IndicePaysPerformance 2025Performance 2024Secteur dominantMeilleure valeurPire valeur
IBEX 35Espagne+49,3%N/DBanques, énergieN/DN/D
FTSE MibItalie+31,5%N/DBanques, luxeN/DN/D
DAX 40Allemagne+23,0%+18,8%Défense, techRheinmetall +150%N/D
FTSE 100UK+21,5%N/DÉnergie, financeN/DN/D
Euro Stoxx 50Zone euro+14,4%+8,3%DiversifiéN/DN/D
CAC 40France+10,42%-2,15%Luxe, énergieSociété Générale +153%Schneider -2,49%
CAC 40 GRFrance+14,3%+1,0%IdemIdemIdem

Cette comparaison met bien en évidence le rôle de la diversification géographique, mais aussi de la diversification sectorielle. Intégrer davantage de banques, de valeurs de défense ou d’industries plus cycliques peut apporter de la résilience face à des risques spécifiques comme un choc politique en France ou un ralentissement du luxe. Certaines de ces valeurs appartiennent d’ailleurs à la catégorie des actions défensives, qui jouent un rôle structurant quand on cherche à stabiliser un portefeuille.

Carte de l’Europe montrant la performance annuelle 2025 des principaux indices boursiers (IBEX, FTSE MIB, DAX, FTSE 100, Euro Stoxx 50, CAC 40).
Heatmap performances indices européens 2025 (CAC 40, DAX, IBEX)

Une fois cette diversité intra‑européenne intégrée, la question suivante est : qu’apporte vraiment un indice mondial comme le MSCI World, censé couvrir l’essentiel des marchés actions développés ? C’est ce que nous allons voir maintenant.

2.3 MSCI World et ETF globaux : diversification réelle ou illusion américaine ?

Le MSCI World est souvent présenté comme l’indice cœur d’un portefeuille diversifié, car il couvre la majorité des marchés actions mondiaux développés. En 2025, il gagne entre +20 et +21,6 % en dollars, avec une volatilité d’environ 14,7 % sur cinq ans et une performance annualisée de 12,3 % sur cette même période. Vu de loin, on pourrait se dire qu’il suffit d’acheter un seul ETF MSCI World pour être correctement exposé à tous les marchés actions.

Dans la réalité, la diversification est plus limitée qu’il n’y paraît. Le MSCI World regroupe bien 23 pays développés et près de 1 480 valeurs large et mid caps, mais sa pondération géographique est très déséquilibrée : les États‑Unis représentent environ 69 à 72 % de l’indice, l’Europe autour de 15 %, le Japon environ 6 % et le reste (Canada, Australie, autres marchés développés) une dizaine de pourcents. Sectoriellement, la technologie compte pour 25 %, la santé 13 %, la finance 15 % et la consommation discrétionnaire 11 %.

Comparé aux autres grandes zones, le World a néanmoins fait mieux que la plupart des indices régionaux : le Nikkei 225 japonais gagne environ +26,2 % en 2025, les marchés émergents (MSCI EM) tournent autour de +13 %, et un ETF CAC 40 se contente d’environ +1 % hors dividendes. De ce point de vue, utiliser le MSCI World comme socle principal pour investir sur les marchés actions mondiaux a du sens.

Pour les investisseurs français, 2025 marque un tournant pratique important : le lancement, en mars, d’un ETF Amundi MSCI World éligible au PEA, avec des frais annuels de 0,20 % et déjà 430 millions d’euros d’encours. Combiné à l’offre iShares Core MSCI World, cet univers d’ETF World a collecté environ 700 millions d’euros en 2025, signe d’un appétit croissant pour la diversification mondiale à faible coût au sein du PEA. Choisir un ETF World PEA permet de profiter à la fois de la diversification géographique et de la fiscalité favorable du PEA, mais il faut garder à l’esprit que l’on reste massivement exposé aux États‑Unis.

C’est là que se situe la nuance essentielle : un ETF MSCI World offre une diversification sectorielle et géographique, mais cette diversification est partiellement illusoire, car près de 70 % de l’exposition reste concentrée sur le marché américain. En pratique, la corrélation entre un ETF World et le S&P 500 est très élevée. Un investisseur qui souhaite réellement diversifier ses marchés actions peut donc avoir intérêt à compléter un ETF World par des ETF dédiés à l’Europe, au Japon ou aux marchés émergents, afin de réduire le poids des États‑Unis dans son portefeuille.

Le tableau ci‑dessous permet de situer rapidement la performance 2025 du MSCI World par rapport aux grandes zones géographiques.

Zone géographiqueIndice représentatifPerformance 2025VolatilitéFacteur principal
États-UnisS&P 500+17,9%ModéréeIA, tech, dollar fort
Zone euroEuro Stoxx 50+14,4%ModéréeBaisse taux BCE, défense
AllemagneDAX 40+23,0%Modérée-élevéeDéfense, réforme budgétaire
FranceCAC 40+10,42%ModéréeRisque politique, poids lourds
Royaume-UniFTSE 100+21,5%FaibleÉnergie, dividendes
JaponNikkei 225+26,2%ÉlevéeYen faible, réformes Kishida
Marchés émergentsMSCI EM+13%Très élevéeChine reprise, Inde croissance
Monde développéMSCI World+20-21,6% (USD)ModéréeCroissance tech, diversification
Diagramme circulaire montrant la pondération géographique du MSCI World en 2025, avec une dominante de près de 70 % pour les États-Unis.
Répartition géographique MSCI World 2025 (camembert interactif)

Ce type de visuel rappelle qu’un ETF World n’est pas « neutre » géographiquement : il s’agit, dans les faits, d’un portefeuille largement américain avec une couche de diversification additionnelle. Si vous souhaitez creuser le fonctionnement de ces produits et leurs implications pour votre allocation, notre dossier détaillé sur l’ETF World vous donnera tous les repères nécessaires.

Maintenant que le volet géographique est clarifié, il reste à comprendre un autre type de concentration, tout aussi important : la concentration sectorielle autour de la technologie et des mégacaps.

2.4 Concentration sectorielle : tech superstar, mais risque masqué

L’analyse sectorielle des marchés actions en 2025 met en lumière un phénomène frappant : une grande partie de la performance globale provient de quelques secteurs et de quelques titres seulement. Dans le S&P 500, la technologie explique à elle seule 52 % de la performance totale alors qu’elle ne pèse qu’environ un quart de la capitalisation. Les services de communication affichent une hausse sectorielle de +33,7 %, l’industrie de +19,4 %, la finance de +15 % et la santé de +14,6 %, tandis que l’énergie se contente de +8,3 % et que les matériaux reculent de ‑10,5 %.

Cette concentration est encore plus marquée sur les indices fortement technologiques comme le Nasdaq 100 : les 10 premières capitalisations représentent 52 % de sa pondération et ont généré en moyenne environ 35 % de performance en 2025. Les « Magnificent Seven » se retrouvent systématiquement parmi les principaux contributeurs depuis deux ans, ce qui renforce la dépendance des indices globaux à quelques mégacaps très spécifiques.

La première leçon à en tirer est que la performance d’un indice pondéré par la capitalisation ne reflète pas la performance médiane des actions qui le composent. Un investisseur qui détient un ETF large cap pondéré par la capitalisation bénéficie de cette concentration tant que les mégacaps continuent de surperformer, mais il s’expose aussi à un risque de rotation brutal si le marché se détourne de ces valeurs. À l’inverse, un investisseur qui fait du stock‑picking sur quelques titres moyens a, statistiquement, beaucoup de chances de faire moins bien que l’indice, simplement parce qu’il ne détient pas ou pas assez ces quelques locomotives.

Pour la majorité des particuliers, la solution la plus robuste reste donc une forme de gestion largement passive : des ETF larges et diversifiés (S&P 500, MSCI World, indices européens), éventuellement complétés par quelques ETF sectoriels (santé, énergies renouvelables, consommation de base) si l’on veut ajuster légèrement le profil du portefeuille. Miser sur une poignée de titres individuels technologiques revient à multiplier le risque spécifique sans garantie de surperformance durable, surtout dans un contexte où les valorisations sont déjà élevées. Ce constat est au cœur de la logique de gestion passive, qui vise à capter la performance moyenne du marché plutôt qu’à tenter de battre l’indice à tout prix.

En parallèle, ceux qui souhaitent malgré tout sélectionner quelques titres en direct doivent être conscients que le stock-picking demande du temps, des compétences d’analyse et une discipline forte pour ne pas céder aux effets de mode. Sans cela, la probabilité de sous‑performer un simple ETF large est élevée.

Avec cette cartographie des marchés actions en tête – performances globales solides mais très concentrées – il est intéressant de regarder l’exact opposé en matière de profil de risque : le Bitcoin et les cryptomonnaies, où la volatilité extrême et où la question n’est pas de battre un indice, mais de savoir si l’on accepte ou non une poche spéculative dans son patrimoine.

3. Bitcoin et cryptos : comprendre la volatilité avant de s’exposer

On a vu que les marchés actions ont bien terminé l’année, au prix d’une concentration croissante. Le monde des crypto‑actifs, lui, illustre un autre type de risque : des variations de prix brutales, un marché ouvert 24h/24 et une réglementation en évolution rapide. L’enjeu, pour un investisseur français, n’est pas de suivre chaque mouvement de cours, mais de savoir si, quand et comment intégrer (ou non) une poche crypto dans une allocation d’actifs globale.

3.1 Bitcoin en 2025 : de l’euphorie à la consolidation

En 2025, le parcours du Bitcoin ressemble à une montagne russe. Le prix ouvre l’année autour de 93 000 dollars, porté par une hausse de +121 % en 2024, puis grimpe jusqu’à un record historique (ATH) situé entre 126 000 et 126 296 dollars en octobre. À partir de ce sommet, une correction d’environ 30 % se met en place, et le Bitcoin termine l’année entre 88 000 et 93 500 dollars, soit une performance annuelle proche de ‑6 %.

Ce recul modéré, après une année 2024 exceptionnelle, s’explique par un mélange de facteurs haussiers et baissiers. Du côté des soutiens, la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine fin 2024 a installé un discours pro‑crypto au plus haut niveau politique, ce qui a contribué à un rallye pré‑2025. La généralisation des ETF Bitcoin spot aux États‑Unis a attiré des flux institutionnels significatifs, et le halving d’avril 2024, qui a réduit l’émission de nouveaux bitcoins, a renforcé le récit de rareté de l’actif. Plusieurs entreprises, comme MicroStrategy, ont continué à accumuler des bitcoins pour leur trésorerie, confortant l’idée d’un ancrage institutionnel.

À l’inverse, plusieurs éléments ont pesé sur les prix à partir de l’automne. Les fortes positions à effet de levier ont entraîné des vagues de liquidations automatiques lors des corrections intermédiaires, amplifiant les mouvements à la baisse. De nombreux investisseurs, après avoir réalisé de fortes plus‑values en 2024, ont pris leurs profits. Les incertitudes réglementaires n’ont pas totalement disparu, notamment hors des États‑Unis, et la mémoire encore vive du « crypto winter » de 2022, avec une chute de plus de 60 % cette année‑là, a freiné l’arrivée de nouveaux entrants.

Comparé aux classes d’actifs traditionnelles, le Bitcoin reste très à part. Sa volatilité annualisée se situe dans une fourchette de 60 à 80 %, bien au‑dessus des actions ou de l’or, et le marché est ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans interruption. Le tableau suivant synthétise sa performance 2025 face à quelques repères classiques.

ActifPerformance 2025Volatilité (écart-type annualisé)Corrélation actionsAccessible PEALiquidité
Bitcoin-6%Très élevée (~60-80%)Modérée positiveNonÉlevée (24/7)
EthereumN/D (~stable)Très élevée (~50-70%)Élevée vs BTCNonÉlevée
Or+65%Modérée (~15-20%)Faible/négativeOui (via ETF)Très élevée
S&P 500+17,9%Modérée (~14-18%)1,0 (référence)Non directTrès élevée
CAC 40+10,42%Modérée (~16-20%)0,85 vs S&P 500OuiÉlevée
Obligations IG+7-9%Faible (~4-6%)NégativeOui (via fonds)Moyenne-élevée

Ce tableau montre bien que Bitcoin n’est pas une valeur refuge, ni un simple « substitut » aux actions. Sa corrélation positive avec les marchés actions est significative, sa volatilité est plusieurs fois supérieure, et sa performance peut être fortement négative sur une année donnée, y compris après un record historique. Une nuance importante à retenir est la suivante : un nouvel ATH n’est jamais, en soi, un signal d’achat. L’exemple de 2025 est parlant : acheter autour de 126 000 dollars a entraîné, pour ceux qui n’ont pas tenu leurs positions, des pertes rapides de l’ordre de 30 %. Mieux vaut envisager des entrées progressives et accepter d’attendre des phases de consolidation plutôt que de céder au FOMO.

Graphique en chandeliers montrant les variations mensuelles du Bitcoin en 2025, avec annotation des principaux événements macro et crypto.
Chandeliers mensuels Bitcoin 2025 avec événements clés

Ce type de graphique rend très concrète la volatilité intra‑annuelle : de fortes mèches haussières et baissières, des mouvements non stoppés par une clôture de marché, et des réactions violentes aux annonces politiques ou réglementaires. Pour un particulier, cela confirme que Bitcoin doit être traité comme une poche spéculative isolée au sein du patrimoine, et non comme un substitut à l’épargne de précaution ou aux placements de long terme classiques. Pour une vision globale de l’écosystème et des bonnes pratiques selon votre profil, vous pouvez approfondir avec ce Guide pour comprendre l’écosystème crypto et les façons d’investir, avec fiscalité et conseils pratiques.

3.2 Ethereum et altcoins : pas une vraie diversification

Si Bitcoin reste la référence du marché crypto, Ethereum occupe une place structurante dans l’écosystème. Sa capitalisation tourne autour de 390 milliards d’euros, après une performance de +46 % en 2024. Le prix d’ETH au début de 2026 se situe autour de 2 930 à 3 037 dollars, bien en deçà des scénarios très optimistes qui envisageaient 4 000 à 15 000 dollars pour 2025.

Sur le plan fonctionnel, Ethereum est la colonne vertébrale de la finance décentralisée (DeFi) et des stablecoins. Plus de 60 % des actifs réels tokenisés reposent sur sa blockchain, et c’est la principale infrastructure d’émission pour les grands stablecoins comme USDT et USDC. Le développement des solutions de couche 2 (Layer 2) telles qu’Arbitrum, Optimism ou Polygon vise à améliorer sa scalabilité pour absorber davantage de transactions à moindre coût. La mise en place d’ETF Ethereum spot en 2024 a créé une nouvelle porte d’entrée institutionnelle, même si les flux restent pour l’instant inférieurs à ceux des ETF Bitcoin.

Pour ce qui est des altcoins au sens large, l’année 2025 reste très hétérogène. Certains tokens liés à l’intelligence artificielle surperforment, profitant du thème IA à la mode, tandis que des segments comme le gaming ou le metaverse rebondissent partiellement après la correction post‑bulle de 2021. Mais, dans l’ensemble, la volatilité demeure extrêmement élevée et les cycles de marché sont rapides, avec des phases d’euphorie suivies de corrections violentes.

Surtout, la corrélation entre les principales cryptos reste très forte. Les mesures disponibles montrent des corrélations de l’ordre de 0,7 à 0,9 entre Bitcoin et le top 20 des altcoins. Autrement dit, « diversifier » son portefeuille crypto en passant de 1 à 10 tokens ne change pas vraiment la nature du risque global : en cas de choc sur Bitcoin, la plupart des autres actifs suivent dans le même sens, avec parfois des amplitudes encore plus fortes.

La conséquence pratique est claire : si l’on décide d’intégrer des crypto‑actifs à un portefeuille, il est raisonnable de les considérer comme une seule et même poche spéculative, limitée à 2 à 5 % du patrimoine financier au maximum, plutôt que comme plusieurs poches distinctes censées diversifier le risque. On peut répartir cette poche entre Bitcoin, Ethereum et quelques altcoins choisis, mais il ne faut pas s’attendre à une vraie réduction de la volatilité globale de la partie crypto.

Comprendre cette corrélation élevée à l’intérieur de la classe d’actifs crypto est un préalable indispensable avant de parler de réglementation et de fiscalité, qui conditionnent concrètement la façon dont un investisseur français peut s’exposer.

3.3 Cadre réglementaire, fiscalité et maturité du marché crypto

Entre 2024 et 2025, le cadre réglementaire des cryptomonnaies a nettement évolué, avec un contraste marqué entre les États‑Unis et l’Europe. Côté américain, l’administration Trump 2.0 adopte un discours ouvertement pro‑crypto, et un projet de loi de « market structure » est en préparation pour clarifier la répartition des rôles entre les régulateurs et définir un statut juridique plus stable pour les crypto‑actifs. La SEC, sous une nouvelle direction, se montre moins hostile qu’auparavant vis‑à‑vis des ETF et de certains projets de finance décentralisée. Parallèlement, des États comme le Wyoming réfléchissent à des initiatives symboliques, comme la constitution de réserves en Bitcoin.

En Europe, le règlement MiCA (Markets in Crypto‑Assets) entre progressivement en application et harmonise les règles du jeu au sein de la zone euro. Les émetteurs de tokens disposent d’un passeport européen, ce qui facilite la distribution transfrontalière de produits. Pour un particulier français, cela ne signifie pas pour autant un accès illimité à tous les véhicules disponibles aux États‑Unis. Par exemple, les grands ETF spot Bitcoin américains, comme le trust de BlackRock, ne sont pas accessibles directement en France faute de passeport européen adéquat ; il faut passer par des ETN européens, logés sur un CTO.

Sur le plan de l’adoption, de nombreux acteurs institutionnels se positionnent : des gestionnaires d’actifs comme Fidelity ou BlackRock proposent des solutions crypto à leurs clients institutionnels, et des réseaux de paiement comme Visa ou Mastercard intègrent progressivement des fonctionnalités liées aux cryptomonnaies. Plusieurs banques privées suisses offrent aussi des services de conservation et d’investissement en crypto à leurs clients fortunés, contribuant à la maturité de ce marché.

La fiscalité française, elle, reste clairement définie. Les plus‑values sur crypto‑actifs réalisées par des particuliers dans un cadre non professionnel sont soumises à la flat tax de 31,4 %, qui se décompose en 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux à partir de 2026. Les cryptomonnaies ne sont pas éligibles au PEA et restent donc en dehors des enveloppes fiscales classiques ; on peut toutefois s’exposer indirectement via des ETN sur un CTO. Les détenteurs de comptes sur des plateformes étrangères ont l’obligation de les déclarer chaque année à l’administration (formulaires 3916/3916 bis), sous peine de sanctions. Enfin, en cas d’activité habituelle assimilable à du trading professionnel, le régime fiscal peut basculer vers les BNC (Bénéfices Non Commerciaux), avec des obligations déclaratives plus lourdes.

Pour les opérations de transmission, les dons de crypto‑actifs suivent le barème classique des droits de donation, avec une valorisation au jour du don. La logique est donc la même que pour un portefeuille d’actions : le support est différent, mais le cadre successoral reste identique. Si vous souhaitez maîtriser plus finement toutes ces règles, les obligations de déclaration et les outils existants pour calculer vos plus‑values, un point complet est proposé dans ce guide : Fiscalité crypto en France : PFU, obligations, outils de déclaration, points particuliers.

Une fois ce cadre réglementaire et fiscal posé, la question concrète devient : par quel canal un résident français peut‑il s’exposer au Bitcoin, à Ethereum ou aux altcoins, et comment choisir la solution la mieux adaptée à son profil et à ses montants ?

3.4 Comment investir (ou pas) dans les cryptos quand on est résident français

En pratique, un investisseur français dispose de plusieurs voies d’accès aux cryptomonnaies, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients en termes de complexité, de risques opérationnels et de fiscalité. Le tableau suivant les résume.

ModalitéEnveloppe fiscaleActifs accessiblesAvantagesInconvénientsCourtiers/Plateformes
Exchange crypto directHors enveloppe, flat tax 31,4%BTC, ETH, altcoins spotPossession réelle, staking possibleSécurité (custody), déclaration complexeKraken, Binance, Coinbase
ETN Bitcoin/EthereumCTO (flat tax 31,4%)BTC, ETH via ETN européensFiscalité simple, custody intermédiaireFrais gestion ETN (~2% an), pas stakingSaxo Banque, IG, Boursorama
Fonds crypto OPCVMCTO ou AV unités comptePanier cryptos géréDiversification, gestion proFrais élevés (2-3%), sous-performanceAssureurs vie (rares)
CFD/Futures cryptoCTO, BNC si activité habituelleLevier sur BTC/ETHLevier x2 à x10, short possibleRisque liquidation, frais overnightSaxo, IG, Admirals
Actions mineurs/proxyPEA si éligible, sinon CTOMicroStrategy, Riot, MarathonFiscalité PEA optimale après 5 ansExposition indirecte, bêta <1 vs BTCTous courtiers

Pour un investisseur de long terme qui a une forte conviction sur Bitcoin ou Ethereum et une bonne tolérance à la complexité technique, la voie la plus directe reste l’achat spot sur un exchange régulé comme Kraken ou Coinbase, éventuellement complété par la conservation sur un portefeuille matériel (cold wallet) de type Ledger. Cette solution permet de vraiment posséder les coins, de participer au staking quand c’est possible, mais elle impose de bien gérer la sécurité (clés privées, sauvegardes) et la déclaration fiscale des plus‑values.

Pour un investisseur patrimonial diversifié qui souhaite une petite exposition (2 à 5 % de son patrimoine financier) sans gérer la technique, les ETN Bitcoin ou Ethereum via un CTO constituent souvent un compromis raisonnable. La fiscalité reste celle du CTO (flat tax 31,4 %), la conservation est assurée par un intermédiaire financier classique, et il n’est pas nécessaire de manipuler de portefeuilles crypto. Les fonds crypto logés en assurance vie ou en CTO peuvent donner accès à un panier de cryptos géré professionnellement, mais leurs frais annuels (souvent entre 2 et 3 %) et leurs performances parfois décevantes invitent à la prudence.

Les CFD et futures crypto sont, eux, réservés aux traders très expérimentés. Ils permettent d’utiliser un effet de levier et de spéculer à la hausse comme à la baisse, mais exposent à des risques de liquidation rapide et à des frais overnight. Une part importante des particuliers y perd de l’argent, et les autorités rappellent régulièrement le haut niveau de risque de ces produits. Enfin, les actions « proxy » comme MicroStrategy ou certains mineurs cotés offrent une exposition indirecte à l’univers Bitcoin, parfois éligible au PEA, mais avec un comportement de cours qui ne suit pas toujours fidèlement celui de la crypto sous‑jacente.

Une erreur fréquente est de confondre l’achat de Bitcoin au comptant (spot) et le trading de CFD ou de produits dérivés. Dans le premier cas, vous possédez réellement l’actif, et votre horizon d’investissement peut être long, même si la volatilité reste très forte. Dans le second, vous ne détenez qu’un contrat qui réplique le prix, avec des mécanismes de marge et de levier qui peuvent entraîner une clôture forcée de la position en cas de mouvement défavorable. Pour un objectif patrimonial, la priorité doit rester sur l’achat spot (ou l’ETN simple), pas sur le trading spéculatif à effet de levier.

Schéma en arbre décisionnel guidant un investisseur français vers la bonne modalité d’investissement en Bitcoin selon son expérience, le montant et son besoin de liquidité.
Arbre décisionnel investir dans Bitcoin en France (exchange, ETN, cold wallet)

Ce schéma aide chacun à identifier une modalité adaptée à son expérience (débutant, intermédiaire, avancé) et à ses montants (moins de 5 000 euros, entre 5 000 et 50 000 euros, au‑delà de 50 000 euros). Pour une synthèse des différents canaux possibles et des précautions à prendre avant de se lancer, vous pouvez également consulter notre guide dédié pour investir en cryptomonnaies.

En résumé, les cryptos offrent un potentiel de performance élevé mais une volatilité et une incertitude réglementaire qui les rendent impropres à un rôle central dans un patrimoine. Elles doivent rester une petite poche spéculative, soigneusement encadrée. À l’opposé du spectre, d’autres actifs comme l’or, les obligations ou encore certains supports immobiliers jouent un rôle de stabilisateur et de couverture. C’est sur ces placements plus défensifs et sur leurs performances 2025 que nous allons nous pencher dans la suite de ce dossier.

4. L’or en 2025 : valeur refuge redevenue incontournable

Après avoir vu à quel point 2025 a été contrastée pour les actifs risqués (actions, crypto), on peut maintenant se pencher sur l’autre pilier d’un patrimoine : les valeurs refuge. Et dans cette famille, l’or a connu une année hors norme.

4.1 Une année record : l’or change de régime de prix

En 2025, l’or ne s’est pas contenté de « bien se comporter ». Il a signé sa meilleure performance depuis la fin des années 1970 et a franchi un cap structurel au‑dessus des 4 000 dollars l’once.

Sur l’année, le métal jaune progresse de 65 % en dollars. Le prix moyen 2025 tourne autour de 3 435 dollars l’once, soit plus de 40 % au‑dessus de la moyenne 2024, et l’année se termine à 4 310 dollars, avec un record absolu à 4 449 dollars le 23 décembre. Pour un investisseur français, la progression est tout aussi spectaculaire en euros : après environ +34 % en 2024, l’or gagne encore près de 50 % en 2025.

Double courbe montrant l’évolution du prix de l’or et du ratio or/argent de 2000 à 2025, avec mise en évidence de l’année 2025 et des crises majeures.
Cours de l’or et ratio or/argent 2000–2025 (double axe)

Pour se rendre compte du caractère exceptionnel de cette performance, il faut la replacer dans l’histoire. Il faut remonter à 1979 pour trouver une hausse plus forte (+133,4 %, en plein choc pétrolier et inflation à deux chiffres). En 2020, au moment du COVID, l’or n’avait « fait que » +25 %. Depuis la création de l’euro en 1999, sa progression moyenne dépasse 9 % par an, mais 2025 se situe clairement au‑dessus de cette tendance.

L’argent métal a encore fait mieux : environ +144 % sur l’année, ce qui a fait passer le ratio or/argent d’environ 105 à 65. Autrement dit, il faut beaucoup moins d’onces d’argent pour acheter une once d’or qu’il y a un an, signe d’un fort rattrapage de l’argent par rapport à l’or.

Cette envolée a aussi pris de court la plupart des professionnels. Le consensus des analystes de la place de Londres anticipait début 2025 un prix moyen autour de 2 750 dollars l’once. La réalité a dépassé ces prévisions de plus de 25 %, ce qui en fait l’une des plus grosses « surprises haussières » de ces vingt dernières années.

Plutôt que d’y voir un simple pic spéculatif, il est plus pertinent de parler de changement de régime de prix : l’or semble s’installer durablement dans une zone supérieure à 4 000 dollars, sur fond de tensions géopolitiques et de recomposition monétaire mondiale. C’est ce qui justifie de lui redonner une place dans une allocation patrimoniale, mais en gardant la tête froide.

Pour tout savoir sur l’investissement dans l’or (physique ou papier), son rôle de valeur refuge et la façon de l’intégrer à votre patrimoine, nous vous invitons à consulter ce dossier détaillé : Investir dans l’or : rôle, atouts, risques, supports et conseils pratiques.

Dès lors, la question suivante s’impose : pourquoi l’or a‑t‑il autant progressé en 2025 et en quoi cela change la donne face aux autres refuges possibles pour un épargnant français ?

4.2 Pourquoi l’or a explosé : banques centrales, dédollarisation et refuges

Si l’on cherche les moteurs de la hausse, on regarde d’abord du côté des banques centrales. En 2025, leurs achats nets d’or sont estimés entre 1 100 à 1 200 tonnes, un niveau proche des records historiques. Les principaux acheteurs sont des pays comme la Chine, l’Inde, la Turquie ou encore plusieurs États du Golfe.

Leur logique est claire : diversifier leurs réserves de change, moins dépendre du dollar et se protéger d’éventuelles sanctions financières. Quand la part du billet vert dans les réserves mondiales passe de plus de 70 % il y a une vingtaine d’années à autour de 58 % aujourd’hui, l’or redevient l’actif neutre par excellence, sans risque de contrepartie étatique.

Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large de dédollarisation. De plus en plus de flux commerciaux se font en monnaies locales (yuan, rouble, roupie…), y compris sur des marchés aussi symboliques que le pétrole. Dans ce contexte, détenir de l’or au bilan est une façon pour ces pays de s’affranchir, au moins partiellement, de l’hégémonie du dollar.

À ces forces structurelles s’ajoute un environnement géopolitique particulièrement instable. La guerre en Ukraine se prolonge, le Moyen‑Orient reste tendu, et les nouvelles politiques commerciales américaines (tarifs supplémentaires) entretiennent un climat d’incertitude. Même si l’inflation est retombée autour de 1 % en France fin 2025, la mémoire des hausses de prix de 2022‑2023 est encore très fraîche pour les ménages comme pour les investisseurs institutionnels.

Après plusieurs années de décollecte, les flux occidentaux vers les ETF or sont d’ailleurs redevenus positifs. De nombreux portefeuilles qui avaient réduit leur exposition au métal jaune entre 2020 et 2023 ont reconstitué une « poche or » en 2025, notamment dans les allocations mixtes 60/40 (actions/obligations).

À ce stade, il est pertinent de comparer l’or aux autres valeurs refuge à la disposition d’un épargnant français.

Actif refugePerformance 2025LiquiditéRendement courantFiscalité FranceRôle portefeuille
Or physique+65%Faible-moyenne0% (pas dividende)Plus-value 36,2% ou 11,5%*Couverture inflation, géopolitique
ETF or PEA+65%**Élevée0% (pas dividende)Exo IR après 5 ans, 18,6% PSIdem, liquidité supérieure
Obligations souveraines+7-9%Très élevée2,5-4% couponsFlat tax 31,4% ou barème IRPréservation capital, revenus
Franc suisse+2-5% vs EURTrès élevéeTaux courts 0-1%Plus-value change si >15% anCouverture zone euro
Immobilier (SCPI)+4,7% (TD moyen)Faible4-6% loyersTMI + 18,6% PS sur revenusRevenus réguliers, inflation
Fonds euros AV+2,5% (moyenne)Moyenne2,5% garantiExo IR après 8 ans (abattement)Capital garanti, liquidité

*Taxe forfaitaire 11,5 % sur le prix de vente total ou régime des plus‑values à 36,2 %, avec abattement après 22 ans.

**Avant frais de gestion des ETF.

On voit clairement que l’or se distingue par une performance 2025 très au‑dessus des autres refuges, mais aussi par l’absence de rendement courant : il ne verse ni coupon ni dividende. Il vient donc en complément d’obligations souveraines, de SCPI ou de fonds euros, qui offrent un revenu régulier, même si leur rendement est bien moindre que celui de l’or cette année‑là.

En synthèse, chaque refuge a son rôle : l’or pour la couverture systémique (inflation, crises politiques et monétaires), les obligations et le franc suisse pour la stabilité financière, les SCPI pour un rendement locatif régulier, et les fonds euros pour une garantie en capital. L’enjeu n’est pas de choisir l’un contre les autres, mais de les articuler intelligemment.

Pour mieux comprendre en quoi l’or est une véritable valeur refuge à part dans ce paysage, il faut ensuite regarder les supports concrets d’investissement et la place raisonnable qu’il peut occuper dans un portefeuille.

4.3 Comment s’exposer à l’or et combien y allouer en 2026

Une fois convaincu de l’intérêt de l’or dans une allocation patrimoniale, reste une question très pratique : par quel canal y accéder, et à quelle dose ? Pour un résident fiscal français, plusieurs options existent, chacune avec ses avantages et ses contraintes.

La solution la plus simple pour la majorité des épargnants consiste à passer par des ETF (ou ETC) adossés à l’or, certains étant éligibles au PEA (Plan d’Épargne en Actions). Ils répliquent le cours du métal, sans qu’il soit nécessaire de stocker des lingots chez soi. Placés dans un PEA détenu depuis plus de 5 ans, les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu et ne supportent que les prélèvements sociaux de 18,6 %, ce qui en fait une façon fiscalement efficace de s’exposer à l’or, avec une bonne liquidité.

L’or physique (pièces ou lingots) reste une option prisée pour ceux qui veulent « voir » leur actif. En contrepartie, il faut gérer le stockage (coffre bancaire, solutions spécialisées) et accepter une fiscalité plus lourde. En cas de revente, on est soit taxé forfaitairement à 11,5 % sur le prix total, soit imposé au régime des plus‑values à 36,2 %, avec un abattement progressif jusqu’à l’exonération après 22 ans. L’option la plus intéressante dépend de la durée de détention et du niveau de plus‑value.

Entre ces deux extrêmes, on trouve les comptes métaux (chez des acteurs spécialisés) qui proposent de l’or alloué, stocké dans des coffres en France ou à l’étranger, contre des frais de garde. Ils offrent un compromis entre praticité et sécurité, mais les frais récurrents doivent être pris en compte dans le calcul de rendement sur la durée.

Enfin, certaines assurances vie proposent, en unités de compte, des supports indexés sur le cours de l’or. C’est encore rare, mais cela permet d’intégrer le métal jaune dans une enveloppe bénéficiant de la fiscalité de l’assurance vie, notamment après 8 ans. Il faut toutefois accepter la double couche de frais (contrat + support) et vérifier la qualité du sous‑jacent (ETF ou indice répliqué).

En termes de montant, les repères sont assez clairs. Pour un profil prudent, proche ou déjà à la retraite, une allocation de 5 à 10 % du patrimoine financier en or (souvent via ETF + éventuellement un peu de physique) est cohérente pour renforcer la protection face aux chocs. Un profil équilibré autour de 40‑60 ans peut viser 5 à 8 % environ, l’essentiel restant investi en actions, obligations et produits de taux. Un investisseur plus dynamique, jeune et en phase d’accumulation, peut se contenter de 0 à 5 % : sur longue durée, la performance vient surtout des marchés actions.

Les scénarios de prix pour 2026‑2030 plaident pour un rendement plus modéré à court terme : dans le scénario central, l’or consoliderait entre 3 500 et 4 500 dollars, avec un potentiel haussier en cas de nouvelle crise et un risque baissier limité par les achats des banques centrales. Dans cette optique, il faut voir l’or comme une assurance, pas comme un moteur principal de performance.

Pour ceux qui souhaitent détailler chaque support et arbitrer entre ETF PEA, or physique, comptes métaux ou unités de compte, notre dossier dédié explique plus en détail comment s’exposer à l’or selon son profil et son horizon.

En pratique, l’idée est simple : une petite poche d’or bien calibrée joue le rôle de stabilisateur dans un portefeuille. Mais ce n’est qu’un pilier défensif parmi d’autres. En 2025, les obligations et les fonds euros ont eux aussi connu un retour en grâce qui change profondément la donne pour la partie sécurisée des placements.

5. Obligations et fonds euros : le grand retour du rendement réel positif

Après des années où la sécurité ne rapportait presque plus rien, 2025 marque enfin le moment où il redevient possible de gagner un rendement réel positif sans prendre de risques excessifs. Les obligations et les fonds euros sont à nouveau au centre de la poche défensive des portefeuilles.

5.1 Obligations : enfin à nouveau intéressantes pour un particulier

Les années 2022 et 2023 ont clairement échaudé les épargnants obligataires, avec des baisses de 10 à 15 % sur de nombreux indices. La remontée brutale des taux directeurs avait mécaniquement fait chuter la valeur des anciennes obligations à coupons bas. En 2025, la situation est presque inversée : la baisse progressive des taux redonne de l’air au marché.

Concrètement, les obligations investment grade (de bonne qualité de crédit) affichent en 2025 une performance d’environ +9,5 %, en combinant coupons et hausse des cours. Les obligations d’État progressent de 7 à 9 %, et le segment high yield (haut rendement, plus risqué) tourne autour de +8 %. C’est un rebond net après une année 2024 de transition et deux exercices 2022‑2023 compliqués.

La mécanique est simple : quand la Banque centrale européenne ramène son taux de dépôt de 4 % à 2 %, les obligations émises les années précédentes avec des coupons plus élevés deviennent plus attractives. Leur prix monte jusqu’à ce que leur rendement actuel se rapproche de celui des nouvelles émissions. Ce mécanisme de vase communicant explique pourquoi la baisse des taux a fait remonter les portefeuilles obligataires en 2024‑2025.

Au début de 2026, on obtient des niveaux de rendement qui reparlent enfin aux particuliers : autour de 2,5 % sur une obligation d’État française à 10 ans, 3,5 % sur une obligation d’entreprise investment grade, 6 % pour le high yield, et jusqu’à 6‑9 % pour certaines dettes émergentes. Avec une inflation française autour de 0,8 %, cela signifie que même les obligations de qualité offrent un rendement réel positif, tout comme les fonds euros les plus généreux.

Pour bien situer ces ordres de grandeur, le tableau ci‑dessous met en regard rendements, inflation et risque.

Type obligationRendement actuelInflation France 2025Rendement réelRisque défautDuration (sensibilité taux)
OAT 10 ans2,5%0,8%+1,7%Très faible8-9 ans
Corp IG AAA-BBB3,5%0,8%+2,7%Faible5-7 ans
Corp high yield6,0%0,8%+5,2%Moyen-élevé3-5 ans
Fonds euros moyen2,5%0,8%+1,7%Nul (capital garanti)N/A
Fonds euros boosté4,0%0,8%+3,2%Nul (capital garanti)N/A
Livret A1,50% (dès 01/02/2026)0,8%+0,7%Nul (État)N/A

En parallèle, il est important de rappeler ce qu’est une obligation en termes simples : c’est un prêt que vous faites à un État ou à une entreprise. En échange, vous percevez un coupon régulier (le taux d’intérêt) et, à l’échéance, le remboursement du capital, sauf défaut de l’émetteur. La duration mesure la sensibilité du prix de cette obligation aux variations de taux : plus elle est longue, plus le prix bouge quand les taux montent ou baissent.

Pour un épargnant français, les obligations redeviennent donc un outil crédible pour compléter la poche sécurisée, surtout via des fonds ou des ETF bien diversifiés. Mais pour beaucoup, la première porte d’entrée dans ce monde obligataire reste le fonds euros de l’assurance vie.

Pour mieux comprendre la mécanique des coupons, des variations de prix et le couple rendement/risque de cette classe d’actifs, un guide détaillé est disponible ici : L’essentiel sur les obligations : définition, rendement, risques et intégration en portefeuille.

5.2 Fonds euros : fonctionnement, rendements et différence clé avec le Livret A

Les fonds euros sont souvent perçus comme un « Livret A bis ». En réalité, ils reposent sur une mécanique différente et, en 2025, ils offrent un couple rendement/garantie redevenu attractif pour l’épargne de moyen et long terme.

Les rendements moyens servis en 2025 se situent autour de 2,5 à 2,6 % nets de frais de gestion, après 1,3 % en 2021, 1,9 % en 2022 et 2,6 % en 2023 et 2024. Dans le même temps, le taux du Livret A est passé de 3 % en 2024 à 1,7 %, puis 1,5 % à partir de février 2026. L’écart se creuse donc en faveur des fonds euros, d’environ 1 point de rendement annuel.

En coulisse, un fonds euros est principalement investi en obligations (généralement 80 à 90 % du portefeuille), complétées par un peu d’immobilier (5 à 10 %) et un soupçon d’actions (0 à 5 %). Les intérêts perçus sur ces actifs servent à payer les frais de gestion de l’assureur, à alimenter une réserve appelée PPB (Provision pour Participation aux Bénéfices) et à verser le rendement net aux assurés.

Schéma illustrant la composition typique d’un fonds euros et la circulation des flux entre versement, placements, frais, réserve et rendement servi à l’épargnant.
Schéma fonctionnement fonds euros assurance-vie (composition et flux)

Cela explique pourquoi les assureurs peuvent proposer des bonus temporaires en 2025‑2026 : ils mobilisent une partie de cette réserve accumulée les années précédentes et profitent du contexte de taux plus élevés pour booster ponctuellement le rendement servi sur certains contrats.

La différence avec le Livret A est importante à bien saisir. Le Livret A est un livret réglementé par l’État, sans frais, avec une liquidité immédiate et un plafond de 22 950 euros. Il sert essentiellement à la trésorerie de court terme et au fonds d’urgence. Le fonds euros, lui, est un support d’assurance vie : il implique des frais de gestion, un délai de rachat de 48 à 72 heures, et la garantie du capital est assurée par la compagnie d’assurance, non par l’État.

Autrement dit, ces deux produits ne sont pas de parfaits substituts. Le Livret A reste l’outil de base pour la trésorerie et les imprévus, tandis que le fonds euros est adapté à l’épargne de moyen ou long terme, quand on veut un rendement supérieur sans accepter de risque de perte en capital.

Pour un panorama plus large de l’assurance vie et du rôle du fonds euros dans cette enveloppe, notre guide dédié détaille la structure, les frais et les bons usages.

Quand vient le moment de comparer précisément Livret A et fonds euros, notamment sur les plafonds, les rendements et les usages, il peut être utile de se référer aussi à un guide spécifique des livrets réglementés, comme ce dossier : Livret A.

5.3 Bonus fonds euros 2025–2026 : opportunités à saisir… sous conditions

Pour attirer de nouveaux versements dans un contexte où les épargnants comparent encore avec le Livret A, de nombreux assureurs ont lancé des offres de bonus temporaires sur leurs fonds euros en 2025 et 2026. Derrière les promesses de 4 à 4,6 %, il y a cependant toujours des conditions à décrypter.

Le tableau ci‑dessous résume plusieurs offres phares mises en avant sur la période.

Contrat assurance vieAssureurFonds eurosRendement 2024 de baseBonus 2025-2026Rendement total objectifConditions bonusCourtier/DistributeurDurée bonus
Linxea Avenir 2SuravenirSuravenir Opportunités 22,50%+2,00%4,50%Versement sans minimum, 100% fonds euro possible jusqu’au 30/06/2025Linxea2025-2026
Linxea VieGeneraliNetissima3,00%+1,60%4,60%Versement jusqu’au 31/07/2025, 100% fonds euro possibleLinxea2025-2026
Lucya CardifBNP CardifFonds général2,75%+1,20% à +1,50%3,95% à 4,25%Mini 8k€ + 35% UC (bonus 1,20%) OU 10k€ + 45% UC (bonus 1,50%)Direct Cardif, comparateurs2026-2027
Abeille VieAbeille AssurancesFonds généralN/D+2,40%4,50% (objectif communiqué)Versement avant 19/12/2025, conditions UC variablesDirect, CGP2025-2026
Linxea Spirit 2Spirica (CA)Fonds Euro Nouvelle Génération3,13%+1,10%*4,23%Versement 100k€ minimumLinxeaTemporaire
Nalo PatrimoineGeneraliFonds euros boosté Nalo2,90%+1,60%4,50%Versement 01/06-31/07/2025Nalo2025-2026

*Bonus pour les versements supérieurs à 100 000 euros.

On comprend ainsi pourquoi Linxea Vie (Netissima à 4,6 % objectif) et Linxea Avenir 2 (4,5 %) sont souvent présentés comme des références pour les petits et moyens épargnants : ils offrent des taux élevés, sans obligation d’unités de compte et avec des minima de versement faibles. À l’inverse, certaines offres, comme Lucya Cardif, imposent des montants minimums importants et une part significative en unités de compte (35 à 45 %), ce qui augmente le risque supporté pour obtenir le bonus sur la poche sécurisée.

Autre point clé : le bonus est temporaire et ne s’applique que sur les sommes versées pendant la période de l’offre et tant qu’elles restent investies sur le fonds euros. Si vous arbitrez ces montants vers des unités de compte ou si vous effectuez un rachat, les sommes sorties ne bénéficient plus du taux boosté pour la période restante.

Enfin, il faut bien garder à l’esprit que les 4,5 ou 4,6 % mis en avant sont des objectifs, pas des garanties contractuelles. Les assureurs ont historiquement tendance à tenir leurs engagements commerciaux, mais ils conservent légalement une marge de manœuvre pour ajuster le taux effectivement servi.

Dans ce contexte, les bonus sur fonds euros peuvent être de vraies opportunités, à condition de respecter les dates limites de versement, de ne pas se sur‑exposer aux unités de compte imposées et de ne pas confondre objectif et promesse ferme.

Au moment de comparer ces offres et de choisir un contrat, il est précieux de bien maîtriser le fonctionnement global de l’assurance vie : architecture du contrat, frais, options de gestion et fiscalité des rachats.

5.4 Arbitrer entre fonds euros et obligations selon son profil

Une fois les mécanismes compris, reste une question très concrète : pour placer la partie sécurisée de son épargne, faut‑il privilégier les fonds euros ou les obligations, ou mélanger les deux ? La réponse dépend surtout de votre âge, de votre horizon, de votre tolérance à la volatilité et de l’enveloppe fiscale utilisée.

Prenons quelques cas types. Un retraité prudent de 70 ans, avec un horizon de 5 à 10 ans et un besoin de liquidité régulier, a tout intérêt à faire des fonds euros la brique majoritaire de son patrimoine financier : capital garanti, fiscalité avantageuse après 8 ans de contrat, rendements réels positifs tant que l’inflation reste autour de 1 %. Dans ce cas, même des obligations d’État relativement sûres paraissent moins attractives, car elles restent soumises à des variations de prix et à la flat tax si elles sont logées sur un compte‑titres.

Un actif de 45 ans, en revanche, peut combiner les deux. Les obligations, via des ETF ou des fonds obligataires, lui donnent accès à des rendements bruts de 3 à 5 % selon le risque pris, et peuvent être logées dans une assurance vie ou un PEA (pour certaines obligations d’émetteurs européens via ETF), ce qui en améliore la fiscalité. Les fonds euros complètent alors la poche défensive pour sécuriser une partie du capital et gérer les projets à moyen terme.

Pour un jeune de 30 ans, en phase de constitution de patrimoine, l’enjeu principal reste d’abord de mettre en place une épargne de sécurité sur livrets, puis d’investir massivement en actions sur longue durée. Obligations et fonds euros restent secondaires : ils servent surtout de stabilisateur, mais ne doivent pas absorber une trop grande part de l’allocation, sous peine de réduire fortement la croissance future du patrimoine.

Le tableau suivant permet de comparer les deux options selon l’enveloppe fiscale utilisée.

CritèreFonds euros AV >8 ansObligations PEA (ETF/fonds)Obligations CTOObligations AV unités compte
Capital garantiOui, 100%Non, volatilité prixNon, volatilitéNon, volatilité
Rendement attendu 20262,5-4,5%3-5% (IG EUR)3-5%3-5%
Fiscalité gainsExo IR (abattement 4,6k/9,2k), 18,6% PSExo IR après 5 ans PEA, 18,6% PSFlat tax 31,4%Idem fonds euros AV
LiquiditéRachat 48-72hVente instant marchéVente instantRachat/arbitrage 48-72h
Frais gestion0,6-0,8% inclus rendement0,1-0,3% ETF oblig0,1-0,3% ETF, 0,5-1% fonds0,6% AV + 0,3-0,8% fonds
AccessibilitéContrat AV, versement mini 50-300€PEA ouvert, ordre mini 1 part ETFCTO ouvertContrat AV
Meilleur pour qui ?Retraités, prudents, besoin garantieActifs 40-60 ans PEA déjà ouvertProfil équilibré hors AV/PEADiversification AV long terme

La logique qui se dégage est assez nette : dès qu’un besoin de garantie du capital est exprimé, le fonds euros reste devant. Les obligations prennent le relais pour ceux qui acceptent une certaine volatilité à court terme en échange d’un rendement potentiel supérieur, notamment à travers des ETF logés dans un PEA ou une assurance vie.

Arbre de décision expliquant comment choisir entre fonds euros et obligations selon le besoin de garantie, l’horizon de placement et l’enveloppe fiscale utilisée.
Arbre décisionnel fonds euros vs obligations (garantie, horizon, fiscalité)

En pratique, beaucoup de portefeuilles gagnent à combiner les deux : une base de fonds euros pour la protection et la flexibilité, complétée par une poche obligataire diversifiée pour améliorer le rendement moyen sur la durée. C’est d’autant plus pertinent quand ces deux blocs sont logés dans des enveloppes fiscalement efficaces comme l’assurance vie ou le PEA.

Pour approfondir ce choix d’architecture entre les deux briques, vous pouvez consulter notre guide assurance vie, qui montre comment arbitrer entre fonds euros et obligations en fonction de votre profil, et notre guide dédié aux obligations pour affiner la partie obligataire.

Une fois cette poche défensive clarifiée (or, obligations, fonds euros), il reste à examiner le troisième pilier patrimonial des Français : l’immobilier, qu’il soit détenu en direct ou via des véhicules comme les SCPI. C’est ce que l’on va voir maintenant.

6. Immobilier résidentiel et SCPI : de la correction à la normalisation

Après le choc de la remontée des taux et le blocage partiel des transactions en 2023‑2024, 2025 marque un début de normalisation pour l’immobilier résidentiel. En parallèle, les SCPI continuent d’offrir des rendements attractifs, mais dans un contexte où la sélection devient plus cruciale.

6.1 Immobilier résidentiel : reprise des transactions, prix globalement stables

Le marché immobilier français sort progressivement de la phase de gel observée après le pic de 2022. Le nombre de transactions dans l’ancien, tombé autour de 800 000‑845 000 en 2024, remonte en 2025 pour s’établir entre 890 000 et 940 000 ventes, selon les estimations disponibles. Sur le premier semestre 2025, les signatures progressent d’environ 12 % par rapport à l’année précédente.

Côté prix, le tableau est contrasté mais loin du scénario de krach que certains anticipaient. En moyenne nationale, les prix ne bougent quasiment pas : +0,4 % sur l’année. Paris enregistre un rebond autour de +2,7 %, porté par une demande toujours forte et une offre limitée. Les grandes métropoles régionales (Lyon, Bordeaux, Toulouse…) stagnent ou progressent légèrement (+0,5 à +1,5 %), tandis que certaines zones rurales ou villes moyennes voient encore de petites corrections, entre –1 et –2 %.

Cette stabilisation accompagne l’assouplissement des conditions de crédit. Après un pic de taux à environ 4,2 % mi‑2024, les prêts immobiliers reviennent aux alentours de 3,08 % sur 20 ans à l’été 2025, avec un accès au financement qui se détend pour les primo‑accédants. Les durées longues (jusqu’à 25 ans) redeviennent envisageables, ce qui redonne de l’oxygène au marché.

Graphique montrant l’évolution des prix immobiliers réels en France par rapport à la tendance longue de Friggit et au revenu disponible des ménages entre 1965 et 2025.
Prix immobilier réel, tendance Friggit et revenu disponible 1965–2025

En termes de rentabilité locative, les ordres de grandeur sont bien connus : environ 3 à 3,5 % brut à Paris, 4 à 5 % dans les grandes métropoles, 5 à 7 % dans les villes moyennes. Une fois les charges, la taxe foncière et les périodes de vacance retranchées, le rendement net tourne plutôt entre 2,5 et 5 %.

Les travaux de Jacques Friggit permettent de replacer ces niveaux dans une perspective longue. Selon ses analyses, les prix de l’immobilier restent en 2025 environ 57 % au‑dessus de leur tendance historique (1965‑2000), un écart qui s’explique par des décennies de taux bas et d’augmentation de la capacité d’emprunt des ménages. Dans ce contexte de normalisation des taux, le scénario le plus probable reste celui d’une correction modérée des prix (de l’ordre de –1 à –5 % selon les zones) sur quelques années, plutôt qu’un effondrement brutal.

Pour un propriétaire, cela plaide contre une vente précipitée « de peur que ça baisse ». Pour un acheteur, cela signifie qu’il est possible d’acheter pour un projet de vie de long terme, à condition d’accepter l’idée de quelques années de stagnation ou de baisse légère des prix.

Une analyse plus détaillée par type de bien met bien en évidence ces nuances.

Type bienÉvolution prix 2025Volume transactionsRendement locatif brutDélai vente moyenFinancement moyen (apport/emprunt)
Appartement Paris+2,7%Stable/légère hausse3,0-3,5%60-90 jours20-30% apport, emprunt 70-80%
Maison Île-de-France+1,2%Hausse +21%3,5-4,0%90-120 jours20% apport, emprunt 80%
Appartement métropoles+0,5% à +1,5%Hausse +15-20%4,0-5,0%60-90 jours15-20% apport
Maison régions-1% à +1%Hausse +10-15%5,0-7,0%120-180 jours10-15% apport
Immobilier locatif investisseurs-2% à 0%Reprise modérée4-6% brut, 2-4% netVariable20-30% apport, effet levier

Pour ceux qui envisagent d’acheter ou d’investir, le message est donc double : ne pas se précipiter, mais ne pas non plus attendre indéfiniment un hypothétique krach. Le bon moment dépend avant tout du projet de vie, de la capacité à supporter les charges et du montage de crédit.

Pour explorer les différentes stratégies (achat en direct, immobilier « papier », choix de la structure et de la fiscalité), vous pouvez vous référer à cette analyse détaillée : Investissement immobilier : objectifs patrimoniaux, choix direct ou “papier”, crédit et fiscalité.

6.2 SCPI : rendements encore attractifs mais un contexte plus sélectif

Les SCPI (Sociétés civiles de placement immobilier) ont, elles aussi, traversé une zone de turbulences avec la hausse des taux et la crise des bureaux. Pourtant, leurs taux de distribution restent globalement au‑dessus de ceux des fonds euros, ce qui explique qu’elles continuent d’intéresser les investisseurs en quête de revenus.

En 2024, le taux de distribution moyen du secteur s’établit autour de 4,72 %, en légère hausse par rapport à 2023 (4,52 %). La collecte brute, en revanche, recule nettement, à environ 4,7 milliards d’euros contre 7,7 milliards l’année précédente, signe que les épargnants se montrent plus sélectifs. On observe également de nombreuses baisses de prix de part, parfois de l’ordre de –25 %, notamment sur les SCPI très exposées aux bureaux franciliens.

Plusieurs vents contraires expliquent cette situation : la montée des taux a pesé sur la valorisation des actifs, la demande de bureaux est fragilisée par la généralisation du télétravail, et la concurrence d’un Livret A à 3 % en 2024 a détourné une partie des flux. À cela s’ajoute une fiscalité lourde pour les SCPI investies à 100 % en France, dont les revenus fonciers sont soumis à la tranche marginale d’imposition et aux prélèvements sociaux.

Malgré cela, les SCPI conservent plusieurs atouts : une diversification sectorielle (commerces, logistique, santé, hôtellerie, résidentiel) et géographique, des loyers indexés qui permettent de préserver le pouvoir d’achat des revenus, et des versements trimestriels qui offrent une forme de rendement locatif régulier sans gestion directe.

Le tableau suivant illustre la diversité du marché à travers quelques véhicules emblématiques.

SCPISociété gestionTD 2024TD 2025 (objectif/réel)Prix part fin 2025Évolution prix 2024-2025CapitalisationTOF* (Taux Occup. Fin.)Secteur principalZone géographique
Corum OriginCorum AM6,05%6,50% objectif1 135€Stable/hausse3,2 Mds€97,06%Diversifié tertiaireEurope (13 pays)
PrimopierrePrimonial REIM~4,5%*N/DN/DStable~1,8 Mds€*~96%*Commerces, bureauxFrance
Transitions EuropeCorum (Arkéa REIM)8,25%8,6% PGA 2025200€+1% (déc 2025)~814 M€97,54%Transition énergétiqueEurope
Osmo EnergieMata CapitalN/D7% PGA 2025Stable (choix gestion)0%80 M€N/DTransition énergétiqueEurope
PF Grand ParisPerial AM~4,2%*N/DBaisse -5 à -10%*Baisse~1,5 Mds€*~92%*Bureaux Île-de-FranceFrance (Paris)
Epargne PierreLa Française REM~4,0%*N/DStableStable~1,0 Mds€*~95%*CommercesFrance

*Données indicatives à affiner pour une souscription réelle.

Ces chiffres rappellent deux réalités. D’une part, il existe des SCPI qui continuent d’afficher des taux de distribution élevés (6 à plus de 8 % pour certaines, comme Transitions Europe) avec un bon taux d’occupation financier. D’autre part, la valeur de la part peut baisser, en particulier sur les segments fragilisés comme les bureaux franciliens.

Les SCPI restent donc des placements de long terme, à envisager sur un horizon d’au moins 10 ans, et avec la conscience de leur illiquidité relative : la revente dépend de la profondeur du marché secondaire et peut prendre plusieurs mois. Elles peuvent être vues comme un complément ou une alternative à un investissement locatif en direct, dans la catégorie plus large de l’immobilier papier.

6.3 Zoom sur Corum Origin et rappel critique TD vs performance réelle

Pour illustrer concrètement ce qui se cache derrière un « TD 6 % », on peut se pencher sur Corum Origin, souvent citée comme une référence du secteur. Créée en 2012, cette SCPI adopte une stratégie opportuniste multi‑pays, avec un patrimoine composé d’environ 162 immeubles pour plus de 1,6 million de m² et près de 400 locataires. Elle investit dans différents secteurs (bureaux, commerces, logistique, santé, hôtellerie) et dans 13 pays européens, dont une majorité hors de France.

Son taux d’occupation financier dépasse 97 %, ce qui est un niveau élevé, et son TRI sur 10 ans tourne à 6,75 %, ce qui inclut à la fois les revenus distribués et l’évolution du prix de la part sur la période.

C’est là qu’il faut bien distinguer TD et performance globale. Le Td (taux de distribution) mesure le flux de revenus annuels par rapport au prix de la part. Mais si le prix de la part baisse, la rentabilité locative apparente ne reflète pas la performance totale. Par exemple, une SCPI qui verse 6 % de revenus sur l’année mais dont la part recule de 5 % ne délivre in fine qu’environ 1 % de rendement global sur cette période.

Il faut aussi intégrer les frais de souscription, souvent entre 8 et 12 % du montant investi (environ 12 % pour Corum Origin). Sur un ticket de 10 000 euros, seuls un peu moins de 9 000 euros sont réellement investis en immobilier ; le reste part en frais. Il faut donc plusieurs années de revenus pour amortir ce coût de départ, d’où la nécessité d’un horizon d’investissement long.

L’enseignement à tirer est simple : un bon TD ne suffit pas. Il faut toujours regarder la trajectoire du prix de la part, la qualité et la diversification du patrimoine, le taux d’occupation, les frais et, bien entendu, la fiscalité, qui peut faire une grande différence entre SCPI françaises et européennes.

6.4 Fiscalité SCPI France vs Europe : impact massif du TMI

Pour un résident fiscal français, la fiscalité des revenus de SCPI change fortement selon que les actifs sont situés en France ou dans d’autres pays européens. À TD brut équivalent, le net perçu peut varier de plus d’un point de rendement selon votre TMI.

Les SCPI investies majoritairement en France génèrent des revenus fonciers. Ceux‑ci sont ajoutés à vos autres revenus imposables, puis taxés à votre TMI (30, 41 ou 45 % pour de nombreux foyers) auxquels s’ajoutent 18,6 % de prélèvements sociaux. Au total, la ponction peut donc aller de 48,6 à plus de 60 % du revenu brut.

Les SCPI européennes, elles, ont souvent une fiscalité plus douce pour un Français, car leurs revenus sont classés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, avec imposition à la source dans le pays où se situent les immeubles, puis crédit d’impôt en France, et prélèvements sociaux de 18,6 %. En pratique, cela se traduit souvent par un taux effectif autour de 30 à 40 %.

Le tableau ci‑dessous illustre ces différences à TD brut 6 %.

SCPIOrigine actifsCatégorie revenusPrélèvements sociauxImpôt revenuTotal prélèvement (TMI 30%)Total prélèvement (TMI 41%)Rendement net (TD 6% brut) TMI 30%Rendement net TMI 41%
SCPI française (ex: Primopierre)France >80%Revenus fonciers18,6%TMI (30-45%)48,6% à 63,6%59,6%3,08%2,42%
SCPI européenne diversifiée (ex: Corum Origin)Europe 85%+RCM* + crédit impôt18,6%Prélèv. source 15-30% puis crédit~30-35%**~35-40%**3,9-4,2%3,6-3,9%
SCPI Allemagne (hypothétique 100% DE)Allemagne 100%RCM, prélèv. source DE18,6%26,4% Allemagne, crédit FR~35%~38%3,9%3,7%

*RCM : revenus de capitaux mobiliers.

**Estimations moyennes, variables selon la répartition géographique.

On voit qu’à TMI 30 % et plus, une SCPI française qui affiche 6 % de TD brut peut ne laisser qu’environ 3 % net, alors qu’une SCPI européenne comparable peut délivrer entre 3,9 et 4,2 % net. L’écart est encore plus marqué pour un TMI de 41 %.

La règle pratique qui en découle est simple : si votre TMI est d’au moins 30 %, privilégier les SCPI européennes a généralement du sens, car la fiscalité des revenus fonciers français est très lourde. Si votre TMI est faible ou nul, les SCPI 100 % France peuvent rester une option acceptable, notamment si vous cherchez à vous exposer spécifiquement au marché immobilier hexagonal ou à certaines thématiques.

Ce choix entre SCPI France et Europe s’inscrit plus largement dans la réflexion sur la fiscalité immobilière, qui intègre aussi la plus‑value à la revente, les éventuels dispositifs de deficit foncier et l’impact global de votre TMI sur les revenus locatifs.

Après avoir passé en revue l’ensemble des briques défensives (or, obligations, fonds euros, immobilier en direct et via SCPI) et leurs fiscalités propres, il reste un dernier levier pour optimiser la performance nette : choisir les bonnes enveloppes (PEA, assurance vie, CTO, livrets, PER) et la bonne architecture d’allocation à l’approche de 2026. C’est ce volet « contenant fiscal » qui fera l’objet de la prochaine partie.

7. Fiscalité des enveloppes françaises : choisir le bon « contenant » avant le contenu

Dans la partie précédente, on a vu à quel point la performance brute d’un actif pouvait être différente de la performance nette une fois l’impôt passé. La suite logique, c’est de regarder les « contenants » fiscaux disponibles en France : PEA, assurance vie, CTO… et de comprendre comment les utiliser intelligemment avant même de choisir les supports.

En pratique, l’idée clé est simple : une action, une obligation ou une SCPI n’a pas la même performance patrimoniale selon qu’elle est logée dans un PEA, une assurance vie ou un compte-titres ordinaire. France oblige, la différence se joue souvent en dizaines de milliers d’euros sur 20 ans.

7.1 PEA : pourquoi les 5 ans sont critiques (et pourquoi l’ouvrir dès que possible)

Le Plan d’Épargne en Actions (PEA) reste, selon nous, la meilleure enveloppe fiscale pour investir en actions et ETF européens. Pourtant, beaucoup d’épargnants passent à côté de son atout majeur : le « cap » des 5 ans, après lequel la fiscalité devient imbattable.

Concrètement, un PEA permet de verser jusqu’à 150 000 euros par personne en actions et ETF de la zone UE/EEE (et certains ETF monde via réplication synthétique). Tant que les sommes restent dans le plan, vous pouvez arbitrer librement entre supports sans fiscalité. La question se pose seulement au moment d’un retrait.

Avant 5 ans, tout retrait, même partiel, entraîne la clôture du PEA et l’imposition des gains à la flat tax de 31,4 %. À partir du 5e anniversaire, le mécanisme change complètement : vous pouvez retirer quand vous voulez sans fermer le plan, et vos gains sont exonérés d’impôt sur le revenu, soumis seulement aux prélèvements sociaux de 18,6 %.

Cela se résume très bien dans le tableau suivant.

Durée détentionRetraitImpôt sur gainsPrélèvements sociauxTotal fiscalitéPlan après retrait
< 2 ansPossible12,8% (flat tax)18,6%31,4%Clôture automatique
2-5 ansPossible12,8% (flat tax)18,6%31,4%Clôture automatique
> 5 ansPossible0% (exonéré)18,6%18,6%Reste ouvert, versements possibles

On voit tout de suite à quel point le passage au-delà de 5 ans change la donne : la fiscalité est presque divisée par deux par rapport à un CTO taxé à 31,4 %.

Prenons un cas concret. Un investisseur ouvre un PEA en 2021 avec 50 000 euros, qui valent 75 000 euros en 2026. Il a donc 25 000 euros de gains. En retirant 20 000 euros après 5 ans, la part de gains dans ce retrait est d’environ 6 667 euros. Sur un PEA, il ne paiera que 18,6 % de prélèvements sociaux sur ces gains, soit 1 240 euros. Sur un compte-titres ordinaire, la même opération coûterait 31,4 %, soit 2 093 euros : près de 850 euros de différence sur une seule opération.

Écartons d’abord une confusion fréquente : le PEA n’est pas une classe d’actifs, mais une enveloppe fiscale. On n’achète pas « du PEA », on y loge des actions ou des ETF. Comparer « PEA vs actions » n’a donc pas de sens ; la vraie question est plutôt : « Mes actions Europe/World synthétiques, je les mets en PEA ou en CTO ? ».

En pratique, on a tout intérêt à ouvrir un PEA le plus tôt possible, même avec un tout petit montant (par exemple 100 euros), pour lancer le compteur des 5 ans. Rien n’oblige à l’alimenter massivement tout de suite ; l’essentiel est de ne pas perdre ces années de « maturation fiscale ».

Pour saisir l’ensemble des subtilités du PEA, ses critères d’éligibilité, la fiscalité selon la durée et les meilleures pratiques pour démarrer en 2025, lisez ce guide : Comprendre le PEA : fonctionnement, fiscalité, optimisation et conseils pratiques.

Astuces importantes

Le PEA est une arme fiscale très puissante, mais quelques détails pratiques font toute la différence sur la durée :

  • Ouvrir le plan dès que possible, même avec 100 euros, permet de faire démarrer immédiatement le délai des 5 ans, sans vous engager sur des montants importants.
  • Éviter à tout prix les retraits avant 5 ans, sauf cas de force majeure, car ils entraînent la clôture et la taxation des gains à 31,4 %.
  • Utiliser en priorité le PEA pour les actions et ETF éligibles, et réserver le CTO aux actifs non logeables (actions US en direct, ETN crypto, etc.).
  • Une fois les 5 ans passés, privilégier les retraits sur PEA plutôt que sur CTO lorsque vous arbitrez entre plusieurs enveloppes à vider.

En synthèse, avec ces réflexes, le PEA devient un socle très efficace pour bâtir une poche actions européennes fiscalement optimisée.

7.2 Assurance vie : exploiter au mieux le cap des 8 ans

Après le PEA et ses 5 ans, l’autre grande enveloppe fiscale à connaître est l’assurance vie, avec son fameux cap des 8 ans. L’assurance vie fait office de couteau suisse : fonds euros, unités de compte (actions, obligations, SCPI), préparation de la retraite, transmission… mais ses avantages se déploient pleinement sur la durée.

Sur le plan fiscal, la logique est la suivante. Avant 8 ans, toute plus-value retirée est taxée à la flat tax de 31,4 %, exactement comme sur un CTO. Après 8 ans, un mécanisme bien plus favorable se met en place : vous bénéficiez d’un abattement annuel sur la part de gains retirés (4 600 euros de gains pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple), puis d’un taux d’impôt réduit (7,5 % ou 12,8 % selon le montant total de versements), auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux de 18,6 %.

Deux subtilités méritent d’être soulignées. D’abord, seule la part de gains est imposée : si votre contrat vaut 200 000 euros pour 150 000 euros de versements et 50 000 euros de gains, chaque rachat se décompose proportionnellement en capital et gain. Ensuite, il est tout à fait possible, avant 8 ans, de retirer en pratique « du capital » avec une fiscalité très faible voire nulle tant que la part de gains retirée reste limitée.

Un exemple chiffré permet de clarifier. Un couple possède un contrat de 200 000 euros, dont 50 000 euros de gains, et réalise un rachat de 30 000 euros. La part de gains dans ce retrait est de 25 % (50 000 / 200 000), soit 7 500 euros. Comme l’abattement annuel pour un couple est de 9 200 euros, ces 7 500 euros de gains sont totalement couverts : aucun impôt sur le revenu n’est dû, seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % s’appliquent, soit 1 395 euros. Le couple perçoit donc 28 605 euros nets pour 30 000 euros retirés.

C’est là que le fractionnement des rachats prend tout son sens. Plutôt que de sortir brutalement 50 000 euros de gains en une fois, mieux vaut programmer des retraits annuels qui restent sous l’abattement de 4 600/9 200 euros. On limite ainsi la taxation à 18,6 % de prélèvements sociaux, sans payer les 7,5 % ou 12,8 % d’impôt sur le revenu sur l’excédent.

Au-delà de la fiscalité en cours de vie, l’assurance vie joue aussi un rôle majeur en cas de décès : les versements effectués avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire sur les capitaux transmis, ce qui en fait un outil de transmission très puissant.

Pour exploiter tous les atouts de l’assurance vie (abattement après 8 ans, transmission, choix des supports…), retrouvez le guide complet ici : Comprendre l’assurance-vie de A à Z : fiscalité, contrats et stratégies gagnantes.

Astuces importantes

En pratique, une assurance vie bien utilisée permet de réduire fortement la facture fiscale sur le long terme :

  • Si vous approchez des 8 ans, retardez autant que possible les gros rachats pour bénéficier de l’abattement annuel et des taux réduits après ce cap.
  • Une fois les 8 ans révolus, fractionnez vos retraits pour que la part de gains reste sous 4 600/9 200 euros par an, et ne supporte que les 18,6 % de prélèvements sociaux.
  • N’oubliez pas que le capital initial est toujours disponible : un rachat peut, en pratique, correspondre principalement à du capital, donc à une fiscalité très limitée si le contrat n’a pas encore beaucoup de gains.
  • Si vous avez plus de 60 ans, privilégiez les versements avant 70 ans pour maximiser l’avantage successoral de 152 500 euros par bénéficiaire.

Ces quelques règles transforment l’assurance vie d’un simple produit d’épargne en véritable pilier de votre allocation patrimoniale.

7.3 CTO : quand la flat tax est (ou n’est pas) la meilleure option

Une fois PEA et assurance vie bien remplis, le compte-titres ordinaire (CTO) devient souvent l’enveloppe par défaut pour tout ce qui ne rentre pas ailleurs : actions américaines, ETF non éligibles PEA, obligations exotiques, ETN crypto, etc. Sa grande force est la liberté : aucun plafond, tous types d’actifs mondiaux accessibles. Sa faiblesse est claire : une fiscalité moins douce.

Par défaut, les plus-values et dividendes encaissés sur un CTO sont taxés à la flat tax de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux). Il existe toutefois une option annuelle pour le barème de l’impôt sur le revenu, qui peut devenir intéressante si votre tranche marginale d’imposition (TMI) est faible.

Le principe est le suivant : si votre TMI est de 0 % ou 11 %, l’addition « barème + prélèvements sociaux » reste inférieure à 31,4 %, ce qui rend le barème plus attractif que la flat tax. À l’inverse, dès que votre TMI atteint 30 %, le barème devient très pénalisant, car vous cumulez 30 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 48,6 % de prélèvements au total.

Le tableau ci-dessous résume bien les situations typiques.

Revenu fiscal référence (RFR) coupleTMIPEA >5 ansAV >8 ans (gains <9,2k€)AV >8 ans (gains >9,2k€)CTO flat taxCTO barème IR
<21 000€0%18,6% PS18,6% PS18,6% PS + 7,5% IR = 26,1%31,4%18,6% PS + 0% IR = 18,6%
21-56 000€11%18,6%18,6%26,1%31,4%18,6% + 11% = 29,6%
56-107 000€30%18,6%18,6%26,1%31,4% 18,6% + 30% = 48,6%
107-180 000€41%18,6%18,6%26,1%31,4% 18,6% + 41% = 59,6%
>180 000€45%18,6%18,6%26,1%31,4% 18,6% + 45% = 63,6%

Pour un épargnant à TMI 0 % ou 11 % (retraité à faibles revenus, année de transition professionnelle, congé parental), opter pour le barème de l’impôt sur le revenu sur son CTO peut donc réduire sensiblement la fiscalité sur ses plus-values. À l’inverse, pour un actif dont la TMI est à 30 % ou plus, la flat tax reste presque toujours la moins mauvaise option.

Dernier point souvent oublié : les pertes réalisées sur CTO ne sont pas perdues. Les moins-values peuvent venir compenser des plus-values la même année, puis être reportées jusqu’à dix ans. Dans un portefeuille un peu actif, cette possibilité de compenser joue un rôle important dans la facture fiscale finale.

Pour comprendre l’utilité du compte-titres ordinaire, comparer les meilleures offres et arbitrer sur les frais ou la fiscalité, suivez ce dossier : Compte-titres ordinaire (CTO) : usages, fiscalité et comparatif de solutions.

Astuces importantes

Le CTO est une enveloppe à manier avec soin, surtout si vos revenus varient d’une année sur l’autre :

  • Si votre TMI est de 0 % ou 11 %, cochez l’option barème de l’impôt sur le revenu pour les revenus mobiliers : la combinaison barème + prélèvements sociaux reste inférieure à 31,4 %.
  • Pour les TMI de 30 % et plus, conservez la flat tax : basculer au barème ferait grimper la pression fiscale jusqu’à près de 60 % dans les tranches hautes.
  • Pensez à matérialiser vos moins-values (en vendant des lignes durablement perdantes) afin de les utiliser pour compenser des plus-values futures.
  • Veillez à utiliser d’abord PEA et assurance vie pour les actifs éligibles, et réservez le CTO à ce qui ne trouve pas sa place ailleurs.

Cette hiérarchisation simple permet de profiter de la liberté du CTO sans sacrifier inutilement du rendement net à la fiscalité.

7.4 Comparatif global des enveloppes : qui sert à quoi dans un patrimoine personnel ?

À ce stade, on dispose des briques principales : PEA, assurance vie, CTO, livrets réglementés, PER. Encore faut‑il voir comment elles se complètent dans un patrimoine et dans quel ordre les utiliser.

La logique consiste à comparer, pour chaque enveloppe, le plafond, les actifs accessibles, la fiscalité optimale, l’horizon recommandé, la liquidité et le profil cible. Le tableau suivant synthétise les grandes lignes.

EnveloppePlafondActifsFiscalité optimaleDélai optimalSuccessionLiquiditéPour qui ?
PEA150 k€Actions/ETF UE18,6% PS après 5 ans>5 ansClôture (gains exo IR, droits succession)ÉlevéeActifs matures
PEA-PME225 k€ (dont 150k PEA si 2 plans)Actions PME/ETI UE18,6% PS après 5 ans>5 ansClôture (gains exo IR)Moyenne (PME moins liquides)Complément PEA saturé
Assurance vieAucunFonds euros + UC (actions, oblig, SCPI)18,6% PS + 0-7,5% IR après 8 ans>8 ansAbattement 152,5k€/bénéf. si <70 ansMoyenne (rachat 48-72h)Tous profils, transmission
CTOAucunTous actifs mondiauxFlat tax 31,4% ou barème IRImmédiatDroits succession pleinsTrès élevéePEA saturé, actions monde
Livret A22 950€LiquiditésExonération totaleImmédiatClôture (pas transmissible)ImmédiateFonds urgence 3-6 mois
LDDS12 000€LiquiditésExonération totaleImmédiatClôtureImmédiateComplément Livret A
PERAucunFonds diversifiés retraiteDéduction IR entrée, imposition sortieRetraite (bloqué)Droits succession réduitsNulle (bloqué sauf exceptions)Réduction IR, préparer retraite

On retrouve la même distinction que précédemment : les enveloppes ne sont pas des placements, mais des « boîtes » dans lesquelles on place des classes d’actifs. Le PEA et le PEA‑PME s’adressent en priorité à la poche actions européennes lorsque le patrimoine financier est inférieur à 150 000 euros. L’assurance vie est l’outil pivot pour combiner fonds euros, unités de compte (ETF, obligations, SCPI) et transmission.

Les livrets (Livret A et LDDS) restent réservés à la poche de sécurité et de trésorerie de court terme, idéalement l’équivalent de trois à six mois de dépenses courantes. Le PER, lui, a une vocation bien spécifique : réduire l’impôt sur le revenu au moment du versement, au prix d’un capital bloqué jusqu’à la retraite (sauf cas particuliers).

Dans cette architecture, il est important de ne pas confondre classe d’actifs et enveloppe fiscale : un même ETF actions monde peut être détenu en PEA (via une version éligible) ou en assurance vie comme unité de compte, et la performance nette ne sera pas la même. La nuance est décisive quand on réfléchit à son allocation patrimoniale sur la durée.

Une fois ce panorama posé, on peut organiser sa stratégie d’épargne par objectifs : poche de sécurité sur livrets, poche de moyen terme sur fonds euros et obligations, poche de long terme en actions via PEA et assurance vie, puis, en complément, PER et immobilier.

8. Choisir ses intermédiaires et construire son allocation pour 2026

Comprendre les performances 2025, la fiscalité des enveloppes et le rôle de chaque poche d’actifs donne le cadre. Reste à trancher deux questions très concrètes : par quels intermédiaires passer (banques en ligne, courtiers, robo-advisors) et quelle allocation retenir pour 2026 selon votre profil et votre horizon de placement.

8.1 Courtiers, néocourtiers et robo-advisors : qui pour quel profil ?

Une fois la stratégie fiscale clarifiée, le choix de la plateforme sur laquelle vous allez investir devient central. Les écarts de frais entre une banque traditionnelle et un courtier en ligne peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros par an, et les services proposés diffèrent fortement selon les profils.

On peut grossièrement distinguer trois familles d’acteurs : les banques en ligne (comme Boursorama ou Fortuneo), les courtiers spécialisés (Saxo, DEGIRO, Interactive Brokers) et les néocourtiers (Trade Republic notamment). Les premières offrent un environnement « tout-en-un » (compte courant, PEA, assurance vie), les seconds s’adressent plutôt aux investisseurs avancés (obligations en direct, produits dérivés), tandis que les néocourtiers misent sur des frais ultra-compétitifs, une application mobile fluide et parfois l’accès direct aux crypto‑actifs.

Pour un investisseur débutant qui veut un PEA, une assurance vie et un compte courant dans le même établissement, Boursorama ou Fortuneo constituent des solutions très cohérentes : PEA sans frais de garde, tarifs d’ordres raisonnables, contrats d’assurance vie corrects. À l’opposé, un investisseur déjà expérimenté, qui souhaite accéder à des obligations en direct, à des ETN Bitcoin ou à des options, se tournera plutôt vers Saxo Banque ou Interactive Brokers, au prix d’une interface plus dense.

Le tableau ci‑dessous, issu des données 2025, illustre les grandes différences de frais et de positionnement.

CourtierFrais ordre 1 000€Frais ordre 10 000€PEAAVCryptosObligationsNote débutant /10Note avancé /10Meilleur pour…
Boursorama1,99€19,90€OuiOuiNonFonds oblig9/107/10Débutant, tout-en-un
Trade Republic1€1€NonNonOuiNon8/106/10Low-cost, mobile-first
Saxo5,80€13€OuiNonETNOui5/109/10Actif avancé, diversification
DEGIRO1€5,50€NonNonNonLimitées7/108/10Actions internationales
Fortuneo1,95€19,50€OuiOuiNonFonds oblig8/107/10Alternative Boursorama
Interactive BrokersVariable ~3€Variable ~10€NonNonOuiOui3/1010/10Pro, hedge funds, options

Pour un épargnant qui réalise quelques ordres d’ETF par trimestre et veut limiter les frais tout en restant dans un environnement simple, un couple Boursorama (pour le PEA et l’assurance vie) + un néocourtier comme Trade Republic (pour un petit volet crypto ou des actions internationales en CTO) fonctionne bien. Les profils avancés, eux, accepteront une interface plus technique chez Saxo ou Interactive Brokers pour accéder à une gamme d’actifs quasi illimitée.

Pour décrypter les différents types de courtiers en bourse — de la banque en ligne au broker international — et bien les comparer, consultez ce guide : Choisir un courtier en bourse : critères, frais, types et mon conseil selon votre profil.

8.2 Diversification et allocations types par profil de risque

Au-delà du choix du courtier, la question centrale reste de savoir comment répartir concrètement votre patrimoine entre actions, obligations, or, immobilier, et quelle place donner à chaque brique en fonction de votre profil de risque. Les simulations historiques 2005–2025 montrent qu’une diversification bien construite améliore le couple rendement/volatilité, surtout lorsqu’on combine actions, obligations et un peu d’or.

Les corrélations 2025 confirment les enseignements classiques : les actions américaines et européennes restent fortement corrélées, les obligations offrent une corrélation légèrement négative avec les marchés actions, l’or joue un rôle d’amortisseur, tandis que Bitcoin se comporte beaucoup plus comme un amplificateur de risque que comme une véritable diversification.

Pour rendre les choses concrètes, on peut distinguer quatre profils types : prudent, équilibré, dynamique et offensif. Chacun correspond à un objectif, une allocation simplifiée, une volatilité et un rendement moyen observés sur vingt ans.

Nuage de points et courbe de frontière efficiente illustrant les couples rendement/volatilité de différents portefeuilles types, du profil prudent au profil offensif, et l’impact de la diversification.
Frontière efficiente des portefeuilles 2005–2025
ProfilAllocation simplifiéeRendement annuel moyenVolatilitéPire annéeMeilleure annéeCapital final (100k€ initial)
Prudent70% oblig + 20% actions + 10% or3,8%6%-2% (2022)+12% (2025)210 000€
Équilibré50% actions + 30% oblig + 20% divers5,9%12%-8% (2022)+18% (2019)315 000€
Dynamique80% actions + 10% oblig + 10% divers7,8%18%-18% (2022)+28% (2019)445 000€
Offensif90% actions/altern + 10% oblig9,5%25%-28% (2008)+40% (2009)620 000€

On voit que la marche entre les profils est significative : un portefeuille dynamique double quasiment le capital d’un profil prudent sur 20 ans, au prix de secousses importantes certaines années. L’enjeu est donc de trouver le compromis que vous pouvez réellement supporter psychologiquement, pas seulement sur le papier.

Une règle mnémotechnique, sans être parfaite, est souvent évoquée comme point de départ : la part d’actions cible peut approximativement être égale à « 100 moins votre âge ». À 30 ans, cela donne environ 70 % d’actions ; à 50 ans, 50 % ; à 65 ans, 35 %. À partir de là, on affine en fonction de votre situation, de vos projets et de votre tolérance aux pertes temporaires.

Lorsque vous construisez votre allocation d’actifs, il est donc pertinent de partir d’un de ces profils types, de le confronter à vos propres contraintes, puis de l’adapter par petits ajustements plutôt que de réinventer complètement la roue.

Pour approfondir la notion de profil investisseur et comprendre comment celui-ci doit guider votre répartition d’actifs, vous pouvez consulter le dossier dédié.

8.3 Adapter sa stratégie à son horizon de placement

Définir un profil de risque ne suffit pas : encore faut‑il adapter sa stratégie à son horizon de placement. Un même investisseur peut avoir plusieurs projets, chacun avec un horizon différent : apport immobilier dans trois ans, études des enfants dans dix ans, retraite dans vingt-cinq ans. La clé consiste à faire coïncider le risque pris avec la durée disponible.

Pour un horizon de moins de 3 ans (achat d’un véhicule, déménagement, apport pour une résidence principale), la priorité absolue est la protection du capital. La recommandation est claire : rester à 100 % sur des supports à capital garanti, type livrets réglementés et fonds euros, et éviter totalement les actions, même via un ETF large, car une baisse de 20 % à 30 % reste possible sur une si courte période.

Entre 3 et 7 ans, on peut introduire une petite part de risque, mais en restant prudent. Une grille type serait : 60 % en supports défensifs (fonds euros, obligations courtes), 30 % en actions via ETF diversifiés, 10 % en or. Pour un couple de 45 ans préparant les études supérieures de ses enfants dans 8 ans, cette approche permet de chercher un peu de rendement tout en gardant une structure relativement robuste en cas de choc boursier.

Sur un horizon plus long, de 7 à 15 ans, on peut monter davantage en actions : par exemple 50 % en actions, 30 % en obligations ou fonds euros, 15 % en immobilier (direct ou SCPI) et 5 % en or. C’est typiquement le cas d’un quadragénaire qui anticipe sa retraite vers 60 ans : il lui reste encore assez de temps pour laisser passer un ou deux gros cycles de marché.

Au-delà de 15 ans, pour un jeune de 30 ans qui prépare sa retraite, l’allocation peut devenir franchement orientée vers la croissance : 75 à 80 % en actions (avec une part dédiée aux marchés hors Europe), 15 % en obligations, 5 à 10 % en actifs alternatifs (or, un peu de crypto, SCPI). Le plus important est alors la discipline : investir régulièrement, ne pas paniquer lors des corrections, et ne pas toucher à cette poche avant terme.

Graphique en aires empilées montrant l’évolution de la part d’actions, d’obligations, de monétaire et d’actifs alternatifs dans un portefeuille type entre 20 et 80 ans.
Évolution d’une allocation type selon l’âge et l’horizon de placement

On peut illustrer cette logique par trois cas concrets. Un jeune de 30 ans qui prépare sa retraite aura tout intérêt à concentrer son effort d’épargne sur des ETF actions logés en PEA et en assurance vie, avec une forte exposition actions monde et une petite poche défensive pour les imprévus. Un couple de 45 ans qui prépare les études supérieures de deux enfants dans une dizaine d’années choisira un profil équilibré, avec une part significative en fonds euros et obligations, et une exposition actions raisonnable. Un retraité de 65 ans privilégiera des revenus stables : fonds euros, obligations investment grade, SCPI européennes fiscalement optimisées, et seulement une petite part en actions.

Pour comprendre l’importance de l’horizon de placement et comment il détermine le choix et la répartition de vos supports, lisez ce guide : Comprendre l’horizon de placement : quel support, quelle allocation selon votre projet et votre timing ?.

8.4 Tableau récapitulatif : performances 2025 et implications pratiques 2026

Pour terminer ce parcours, il est utile de regrouper en un seul coup d’œil les performances 2025 des grandes classes d’actifs, leur volatilité, les facteurs clés qui les ont portées ou pénalisées, et les implications pratiques pour votre allocation 2026, en tenant compte des enveloppes fiscales les plus adaptées.

Classe d’actifsPerformance 2025VolatilitéFacteurs clés explicatifsPerspectives 2026Allocation conseillée 2026Enveloppe optimale France
Actions US (S&P 500)+17,9% (USD)ModéréeIA, Mag 7, résilience économique+8-12% (consensus)20-40% selon profilPEA (ETF synthétiques) ou CTO
Actions Europe (Euro Stoxx 50)+14,4%ModéréeBaisse taux BCE, défense+6-10% (reprise modérée)15-30%PEA (direct)
Actions Monde (MSCI World)+20-21,6%ModéréeDominance US 70%, diversification+8-12% (croissance mondiale)40-60% (cœur portefeuille)PEA (ETF World)
Or+65%ModéréeBanques centrales, géopolitique, dédollarisation0-10% (consolidation 3500-4500$)5-10% (couverture)PEA (ETF or) ou physique
Bitcoin-6%Très élevéeCorrection post-ATH 126k$, volatilité leviers-10% à +50% (incertitude haute)0-5% (spéculatif)CTO (ETN) ou exchange
Obligations IG+7-9%FaibleBaisse taux BCE, normalisation rendements+3-5% (stabilisation taux)10-30% selon âgeAV >8 ans ou PEA
Fonds euros AV+2,5-2,6%NulleCapital garanti, bonus temporaires 4-4,6%+2,5-3% (hors bonus)10-40% selon profil prudentAssurance vie >8 ans
SCPI rendement+4,72% (TD moyen)Faible-modéréeLoyers indexés, diversification Europe optimale+4,5-5,5% (stabilité)10-20% (revenus, diversification)CTO ou AV (rares UC)
Immobilier résidentiel FR+0,4% (prix)FaibleReprise transactions +12%, taux 3,08%+1-3% (hausse modérée)Résidence principale prioritéCrédit immobilier

Conclusion

En synthèse, 2025 a rappelé que la performance brute ne suffit pas : entre l’or à +65 %, des actions mondiales en forte hausse et un Bitcoin en repli, ce qui compte pour vous en 2026, c’est l’équilibre entre diversification réelle et fiscalité nette. Deux points clés sont à garder à l’esprit : le PEA et l’assurance vie ne sont pas des placements en soi mais des enveloppes qui abritent vos actions, obligations ou SCPI, et un ETF World ne constitue pas une diversification totale tant qu’il reste dominé à près de 70 % par les États-Unis. En pratique, ouvrir un PEA dès maintenant, même avec une centaine d’euros, vous permet de lancer le compteur fiscal des cinq ans, tandis que des retraits d’assurance vie fractionnés, après huit ans, exploitent chaque année l’abattement disponible et réduisent votre impôt sur les gains. Pour la suite, vous pouvez approfondir la construction d’un portefeuille en ETF adaptés au PEA, ou comparer en détail l’intérêt de l’or et des fonds en euros dans votre poche défensive. Il sera aussi pertinent d’examiner la concurrence entre l’immobilier locatif et les SCPI, ainsi que la fiscalité globale des placements en France, afin de voir comment ces briques s’assemblent dans votre propre situation. 

FAQ – Questions fréquentes

Est-ce le moment de vendre un bien immobilier en 2025 / début 2026 ?

On me fonde d’abord sur les données 2025 : les transactions repartent (+12% au S1) et les prix moyens restent quasi stables (+0,4%). Paris progresse d’environ +2,7% quand certaines régions reculent légèrement, ce qui plaide pour une normalisation plutôt qu’un renversement brutal. L’analyse de Jacques Friggit rappelle que les prix demeurent encore ~+57% au‑dessus de leur tendance longue, ce qui suggère une correction modérée (-1 à -5%) plutôt qu’un krach. Vendre dans la précipitation me paraît rarement optimal : la décision doit rester alignée sur votre projet de vie et sur votre horizon.
Pour un investisseur locatif, il faut comparer le rendement net actuel (environ 2,5–5%) aux alternatives financières ou aux SCPI. Une éventuelle baisse de prix serait en partie compensée par des loyers indexés et par des taux de crédit revenus autour de 3%.

Quel est l’intérêt d’acheter des obligations maintenant que les taux ont déjà baissé ?

Même après la baisse des taux, les obligations offrent de nouveau un rendement réel positif.
Une OAT 10 ans autour de 2,5% face à une inflation à 0,8% donne environ +1,7% en réel.
Sur le crédit investment grade proche de 3,5%, on est autour de +2,7% en réel, ce qui redevient attractif pour la poche défensive. Certes, une partie de la hausse de prix a déjà été réalisée avec le reflux des taux, mais les coupons actuels rémunèrent correctement l’attente. Selon le profil, on arbitre face aux fonds euros : garantie en capital et 2,5–4,6% bonifiés d’un côté, légère volatilité de cours et rendement potentiel un peu supérieur de l’autre. Concrètement, on passe le plus souvent par des ETF ou des fonds obligataires logés en PEA, assurance-vie ou CTO plutôt que par des titres vifs.

Quelle est la prévision du cours de l’or pour 2026 et faut-il encore en acheter après +65 % ?

Après +65% en 2025 et un prix désormais au‑dessus de 4 000 $/oz, l’or a clairement changé de régime. Pour 2026, le scénario central table sur une consolidation entre 3 500 et 4 500 $, avec un rendement attendu modéré de 0–5%. Les scénarios de cycle plus long restent ouverts : base case 3 100–3 500 $, bull case 3 500–3 900 $, bear case 2 700–3 100 $. À horizon 2030, certains voient un potentiel vers 5 000 $/oz si les vents porteurs persistent. Dans un portefeuille, on garde une allocation mesurée de 5–10% pour jouer son rôle d’assurance plutôt que de pari spéculatif. Côté accès, j’apprécie la simplicité des ETF or éligibles au PEA, très efficaces fiscalement après 5 ans, même si l’or physique ou les comptes métaux restent envisageables.

Bitcoin a fait -6 % en 2025 après un record historique : est-ce un bon moment pour entrer ?

Le -6% de 2025 s’inscrit après une envolée de +121% en 2024 et un record à 126 296 $ en octobre, suivi d’une correction d’environ -30%. Sur Bitcoin, cette alternance de sommets et de replis fait partie d’un cycle de volatilité extrême, proche de 60–80% annualisée. Les prévisions 2026 restent très éparses, avec une fourchette de 78 000 à 189 000 $, ce qui rappelle l’incertitude du dossier. Si l’on entre, on le fait avec une poche spéculative limitée, typiquement 0–5% du patrimoine financier, et avec un horizon de plusieurs années. Étaler ses achats dans le temps aide à lisser les points d’entrée et à tenir sa stratégie malgré les secousses. Enfin, n’oubliez pas la fiscalité française (flat tax à 31,4%) et l’obligation de déclarer vos comptes d’exchange étrangers.

PEA ou assurance vie : par où commencer quand on débute ?

Le Plan d’Épargne en Actions (PEA) est, pour démarrer en actions et ETF européens, l’enveloppe la plus efficace après 5 ans. Passé ce cap, vos retraits sont exonérés d’impôt sur le revenu et ne supportent que 18,6% de prélèvements sociaux, à condition de ne pas retirer avant, sous peine de clôture.
L’assurance-vie vient compléter très bien le dispositif, avec un fonds euros garanti et des unités de compte, puis un vrai gain fiscal après 8 ans. Elle facilite aussi la transmission grâce à l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans. Dans la pratique, on constitue d’abord son épargne de précaution sur des livrets, puis on ouvre un PEA au plus tôt, même avec 100 €, pour lancer le compteur des 5 ans. Ensuite, on ouvre une assurance-vie pour la poche sécurisée et les objectifs patrimoniaux de moyen et long terme.

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hwohleke13
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