
Dernière mise à jour : juillet 2026
Vous voulez placer une partie de votre épargne dans des start-ups ou des titres non cotés pour réduire votre impôt, et dès le départ une question vous bloque : faut-il loger ces titres dans un PEA-PME pour exonérer la plus-value, ou passer par un compte-titres pour capter à l’entrée la réduction d’impôt Madelin IR-PME ? Les deux ne se cumulent jamais sur le même titre, et sur un gros investissement à forte plus-value, se tromper d’enveloppe peut vous coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros d’impôt. Depuis le 21 février 2026, la réforme de la défiscalisation a fermé la voie des FCPI et FIP classiques, ce qui rend cet arbitrage encore plus déterminant.
Dans ce guide, on décortique les deux options au cadre fiscal 2026, taux, plafonds et fiscalité réelle des gains à l’appui. On compare ensuite trois scénarios chiffrés pour vous montrer, montant par montant, lequel vous coûte le moins cher.
1. Investir dans une PME non cotée : ce que cela change vraiment
Avant de comparer le moindre chiffre, demandez-vous dans quoi vous mettez réellement les pieds. Acheter une part de start-up ou des titres non cotés n’a presque rien à voir avec un ordre passé sur une action du CAC 40. On part donc du concept qui ne suppose aucun prérequis, la différence entre un titre coté et un titre non coté, avant d’arriver au couple rendement/risque qui commande tout l’arbitrage à venir.
1.1 Titre coté ou non coté et voies d’accès au capital d’une PME
Un titre coté s’échange sur un marché réglementé, comme les actions des entreprises du CAC 40. Vous avez un prix public affiché en continu, une liquidité quasi immédiate (vous vendez en quelques secondes), et une information financière standardisée que tout le monde peut consulter. Un titre non coté, c’est l’inverse sur presque tous les plans : il représente une part de société qui n’est pas admise en bourse, sans prix de marché continu, avec une liquidité faible à nulle tant qu’aucun événement de sortie (cession, introduction en bourse, rachat) ne se présente, et une information asymétrique qui vous oblige à faire vos propres vérifications. C’est précisément cette illiquidité et ce risque que le dispositif Madelin IR-PME et le PEA-PME cherchent à compenser par un coup de pouce fiscal. Un titre coté classique, lui, n’ouvre droit à aucun avantage spécifique de ce type.
| Critère | Titre coté (ex. CAC 40) | Titre non coté (PME, start-up) |
|---|---|---|
| Liquidité | Quotidienne, marché public | Faible, événement de sortie requis |
| Valorisation | Prix de marché continu | Estimation, dilution possible |
| Information | Standardisée, réglementée | Asymétrique, due diligence |
| Risque de perte totale | Limité (grande cap.) | Élevé (faillite fréquente) |
| Avantage fiscal dédié | Aucun spécifique | Madelin IR-PME ou PEA-PME |
Autrement dit, vous échangez du confort et de la liquidité contre un potentiel de rendement plus élevé, mais aussi un risque autrement plus lourd.
Mais par quelle porte entre-t-on concrètement au capital d’une PME ? Il en existe cinq, qui se distinguent par le ticket d’entrée, le degré de sélection et l’éligibilité fiscale dominante. La souscription directe en nom propre se fait dès quelques centaines d’euros, en investisseur autonome, et vous ouvre la voie au Madelin via un compte-titres ou au PEA-PME. Les plateformes de crowdequity jouent les intermédiaires et organisent une due diligence partielle, avec un ticket faible à modéré qui varie sensiblement d’une plateforme à l’autre. Le business angel apporte plusieurs milliers à dizaines de milliers d’euros, avec un accompagnement du dirigeant en prime, et relève du Madelin. Les fonds (FCPI investis en jeunes entreprises innovantes, FCPR, FIP Corse-Outre-mer) mutualisent dès environ 1 000 €. Enfin la holding d’investissement, réservée à des montages plus structurants, fait passer l’investissement par une société. Pour bien choisir votre véhicule, mieux vaut savoir quel support de Private Equity privilégier avant de signer quoi que ce soit. Soyons honnêtes sur un point : le ticket minimum des plateformes de crowdequity n’est consolidé par aucune source publique en 2026, on le présente donc qualitativement. Et dès qu’un montage devient structurant, l’avis d’un expert-comptable n’est pas un luxe.
1.2 Multibagger ou faillite : le couple rendement/risque du non coté
Le non coté obéit à une règle simple à énoncer, brutale à vivre : la distribution des résultats est asymétrique. Une minorité de sociétés deviennent des multibaggers, leur capital se multipliant par dix, par cent, voire davantage, comme un futur Google détecté très tôt par ceux qui ont misé au bon moment sur ce genre de capital-risque en amont. À l’autre bout, une part importante échoue purement et simplement. Selon l’INSEE, environ 25 % des entreprises créées ne sont plus actives trois ans après leur création, soit une pérennité à trois ans d’environ 75 %, et la mortalité grimpe encore pour les jeunes sociétés les plus risquées.
Cette asymétrie n’est pas une anecdote, c’est elle qui dicte toute la logique d’arbitrage que l’on va dérouler. Le principe directeur, qu’on chiffrera plus loin, tient en une phrase : un dispositif qui sécurise une réduction dès l’entrée vous protège mieux quand l’aventure échoue, tandis qu’un dispositif qui exonère le gain à la sortie maximise mieux le cas où elle réussit. Tout le reste découle de là. Et n’oublions pas les risques propres au non coté : illiquidité, dilution de votre part au fil des tours de table, perte totale du capital, et absence de marché secondaire pour revendre quand bon vous semble.

2. Deux façons de réduire son impôt : à l’entrée ou à la sortie
Vous savez à présent ce qu’est un titre non coté et le risque qu’il porte. Reste à comprendre comment l’État allège l’impôt de ceux qui acceptent ce risque, et pourquoi il faut choisir une logique au lieu de tout empiler. On part d’une distinction qu’on néglige presque toujours, celle entre le contenant et le contenu, pour arriver à la règle de non-cumul qui rend l’arbitrage incontournable.
2.1 Enveloppe fiscale ou classe d’actifs : ne pas confondre le contenant et le contenu
Voici la confusion qui plombe la moitié des décisions sur le sujet. Un même titre non coté peut être logé soit dans un compte-titres ordinaire (CTO), qui sert de support à la réduction Madelin, soit dans un PEA-PME, l’enveloppe qui exonère la plus-value. L’enveloppe fiscale est le contenant, la classe d’actifs est le contenu, et votre avantage fiscal dépend du contenant que vous choisissez, pas seulement de la nature du titre. Un même titre de PME peut ainsi vous ouvrir droit à deux régimes très différents selon l’endroit où vous le rangez.
Le diagramme ci-dessous visualise cela pour un titre donné. Il vous montre s’il ouvre droit aux deux dispositifs à la fois (la zone d’intersection), à un seul d’entre eux, ou à aucun lorsqu’il s’agit d’une société exclue comme une SIIC (société d’investissement immobilier cotée) ou une SCI. C’est la première illustration de la distinction contenant/contenu, et elle conditionne tout ce qui suit.

2.2 Réduire à l’entrée (Madelin) ou exonérer à la sortie (PEA) : les deux logiques opposées
Tout l’article tient dans l’opposition entre deux logiques fiscales qui n’agissent ni au même moment ni de la même manière.
La première, c’est le dispositif Madelin IR-PME (article 199 terdecies-0 A du code général des impôts, en vigueur depuis 1994). Il vous accorde une réduction d’impôt sur le revenu égale à un pourcentage du montant que vous souscrivez au capital d’une PME éligible. Son point fort tient dans le calendrier, car la réduction est acquise dès la première clôture d’exercice suivant votre souscription, indépendamment de ce qu’il advient ensuite de la société. Elle se déclare via un compte-titres ordinaire ou en direct, et reste incompatible avec le PEA sur les mêmes titres.
La seconde logique, c’est le PEA et le PEA-PME, qui sont des enveloppes fiscales. Ils ne vous accordent aucune réduction à l’entrée, mais ils offrent une exonération d’impôt sur le revenu de la plus-value après 5 ans de détention du plan, les prélèvements sociaux restant dus. L’intérêt de cette logique grandit avec la performance, car plus le titre prend de valeur, plus l’exonération d’impôt sur le revenu devient précieuse. D’un côté un avantage immédiat et certain, de l’autre un avantage différé qui récompense le succès, voilà la grille de lecture à garder en tête. Pour l’ancrer dès maintenant, le tableau suivant met les trois enveloppes face à face sur le plafond de versement et l’avantage de sortie.
| Enveloppe | Plafond de versement | Avantage de sortie |
|---|---|---|
| PEA | 150 000 € | Exonération IR après 5 ans, PS 18,6 % |
| PEA-PME | Cumulé à 225 000 € avec le PEA | Idem |
| CTO (Madelin) | Aucun plafond d’enveloppe | Prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % sur plus-value |
Données à jour — juin 2026.
Pour vous, cela veut dire qu’aucune enveloppe n’est meilleure dans l’absolu, tout dépend de ce que vous attendez du placement.
2.3 Pourquoi les deux dispositifs ne se cumulent jamais sur un même titre
Un même titre ne peut jamais bénéficier des deux régimes en même temps. Soit vous le souscrivez via un compte-titres ordinaire pour capter la réduction Madelin, soit vous le logez dans un PEA ou un PEA-PME pour exonérer la plus-value de sortie, jamais les deux. La décision est donc binaire, titre par titre. En revanche, rien ne vous empêche de combiner les deux dispositifs sur des titres différents au sein de votre patrimoine, l’un en Madelin, l’autre en PEA-PME.
Le tableau ci-dessous récapitule les dimensions qui comptent au moment de trancher pour un titre donné.
| Dimension | Madelin IR-PME (via CTO) | PEA / PEA-PME |
|---|---|---|
| Moment de l’avantage | À l’entrée (année de souscription) | À la sortie (après 5 ans) |
| Nature de l’avantage | Réduction d’IR (% du versement) | Exonération d’IR sur la plus-value |
| Fiscalité de la plus-value | PFU 31,4 % (CTO) | IR exonéré, PS 18,6 % |
| Protégé si faillite ? | Oui (réduction conservée) | Non (moins-value sèche) |
| Cumul sur le même titre | Non | Non |
Données à jour — juin 2026.
La ligne qui change souvent une décision, c’est celle de la faillite, car le Madelin conserve sa réduction quand le PEA-PME ne vous laisse qu’une moins-value sèche. On y reviendra en détail, chiffres à l’appui, dans la partie comparative.
3. Le dispositif Madelin IR-PME : taux 2026, plafonds et pièges déclaratifs
Le Madelin n’est que la moitié de l’équation, mais c’est la moitié la plus technique, et celle où l’on surévalue le plus souvent son gain. La question centrale ici tient en une phrase : combien ce dispositif vous fait-il vraiment économiser en 2026, à quelles conditions, et comment éviter de gonfler l’avantage dans votre tête ? On part des conditions d’éligibilité pour finir sur la déclaration en case 7CI, en passant par le fameux taux et le plafond des niches.
3.1 Quelles PME et quels investisseurs sont éligibles au Madelin
La société que vous visez doit remplir des conditions cumulatives au moment de la souscription. Elles ne sont pas anodines, car une seule case non cochée fait tomber la réduction.
| Critère PME éligible Madelin | Seuil |
|---|---|
| Cotation | Non cotée (ou cotée sur un système multilatéral de négociation, sous conditions) |
| Âge | Moins de 7 ans (cas général ; régimes spécifiques d’amorçage/expansion et règles distinctes pour les jeunes entreprises innovantes) |
| Régime fiscal | Soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) |
| Effectif | Entre 2 et 250 salariés |
| Taille | CA < 50 M€ ou total de bilan < 43 M€ |
| Siège | UE/EEE avec convention d’assistance administrative |
| Activité | Commerciale, industrielle, artisanale, libérale ; exclusion des activités financières/immobilières de gestion patrimoniale |
Du côté de l’investisseur, les règles sont plus simples. Vous devez être une personne physique fiscalement domiciliée en France, souscrire au capital initial ou à une augmentation de capital par un apport en numéraire, et prendre l’engagement de conserver les titres pendant au moins 5 ans. La réduction s’inscrit dans le cadre des aides d’État au titre du règlement général d’exemption par catégorie (RGEC, règlement UE n° 651/2014). Rien d’insurmontable, mais votre apport doit bien être en numéraire et la conservation tenue sur la durée.
3.2 Le taux réel en 2026 : 18 % pour une PME ordinaire (et non 25 %)
Voici le piège qui coûte le plus cher en espérances déçues. Pour une souscription directe au capital d’une PME ordinaire, le taux de réduction est de 18 % du montant souscrit, pas 25 %. Le taux de 25 % existe bien, mais il est réservé aux souscriptions au capital d’une ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale) ou d’une SFS (société foncière solidaire), pour les versements effectués entre le 28/06/2024 et le 30/09/2026, ainsi qu’aux sociétés foncières de préservation des monuments historiques depuis le 28/09/2025. Pour la start-up ou la PME classique que vise l’immense majorité des épargnants, n’appliquez jamais 25 %, c’est 18 %.
Un dispositif distinct, introduit en 2026, monte plus haut : la souscription au capital d’une JEII (jeune entreprise innovante à impact) ouvre droit à une réduction de 40 % pour les versements effectués du 21/02/2026 au 31/12/2028, le taux le plus attractif des nouvelles options. Côté plafonds, le versement éligible annuel est de 50 000 € pour une personne seule et 100 000 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune dans le cas d’une PME classique, et de 75 000 € / 150 000 € pour les souscriptions en jeune entreprise innovante. Ces plafonds se mobilisent chaque année, ce qui vous autorise à étaler vos souscriptions sur plusieurs exercices.
| Paramètre | Personne seule | Couple (imposition commune) |
|---|---|---|
| Plafond de versement éligible / an (PME classique) | 50 000 € | 100 000 € |
| Plafond de versement éligible / an (JEI / JEIR) | 75 000 € | 150 000 € |
| Taux PME ordinaire (souscription directe) | 18 % | 18 % |
| Réduction max au taux 18 % (PME classique) | 9 000 € | 18 000 € |
| Taux majoré ESUS / SFS (28/06/2024 au 30/09/2026) | 25 % | 25 % |
| Taux JEII (versements 21/02/2026 au 31/12/2028) | 40 % | 40 % |
Données à jour — juin 2026.
Concrètement, un versement direct de 50 000 € dans une PME ordinaire génère 9 000 € de réduction, et non 12 500 € comme on le calcule trop vite en appliquant 25 %. L’écart de 3 500 € se loge tout entier dans cette confusion de taux.
Note de Tom
quand je sélectionne une cible en Private Equity direct, je commence toujours par vérifier le statut exact de la société avant de raisonner sur la réduction. Une start-up classique, c’est 18 %, et je ne compte jamais sur le 25 % tant que je n’ai pas la preuve qu’on est sur une ESUS ou une SFS. Bâtir un plan d’investissement sur le mauvais taux, c’est se mentir à soi-même dès le départ.
3.3 Comparer les taux 2026 selon le support souscrit
Pour ranger ces taux dans le bon ordre, autant les voir côte à côte. À l’entrée en 2026, la réduction d’impôt sur le revenu va de 18 % pour une PME ordinaire à 25 % pour une ESUS ou une SFS, 30 % pour un FCPI investi en jeune entreprise innovante, et jusqu’à 40 % pour une JEII. Deux supports sont désormais fermés, le FCPI classique étant inéligible depuis le 21/02/2026 et le FIP métropole supprimé. Quel que soit le support, toutes ces réductions restent plafonnées par le plafond global des niches de 10 000 €, qu’on détaille juste après.

3.4 Plafond des niches à 10 000 €, report et différence avec un crédit d’impôt
Le taux ne dit pas tout, car la réduction Madelin entre dans le plafonnement global des niches fiscales. Ce plafond est de 10 000 € par an et par foyer (18 000 € lorsque le foyer cumule des investissements Outre-mer et SOFICA), conformément à l’article 200-0 A du code général des impôts (CGI). Notre guide complet sur le plafond global des niches à 10 000 € vous permet de replacer le Madelin dans l’ensemble de vos réductions.
Deux mécanismes de report se cachent derrière ce plafond, et on les confond presque systématiquement. Le premier joue quand votre réduction dépasse le plafond des niches : la fraction qui excède les 10 000 € est reportable sur les 5 années suivantes (article 199 terdecies-0 A du CGI). Le second joue quand votre réduction dépasse l’impôt que vous devez. Et c’est ici qu’intervient la nuance qui change tout, car une réduction n’est pas un crédit d’impôt : si la réduction excède votre impôt, il n’y a aucun remboursement, l’excédent non imputé étant simplement reportable sur les 4 exercices suivants (BOFiP BOI-IR-RICI-90-20-10). L’arbre ci-dessous distingue les trois cas de figure, imputation immédiate, report 5 ans, report 4 ans.

Une dernière subtilité piège les couples : le plafond de versement double bien (100 000 € au lieu de 50 000 €), mais le plafond des niches, lui, reste à 10 000 € par foyer et ne double jamais. Vous pouvez verser 100 000 €, votre réduction utile la même année reste plafonnée à 10 000 €, l’excédent partant en report.
3.5 Déclarer sa réduction : case 7CI, calendrier 2026 et conservation 5 ans
La réduction ne tombe pas toute seule, vous devez la déclarer correctement l’année suivant le versement. Cela se fait sur le formulaire 2042-RICI, en case 7CI « Versements PME » du formulaire 2026, la société vous remettant une attestation de souscription à conserver. Cette réduction vient ensuite s’imputer sur votre impôt sur le revenu calculé selon le barème de votre foyer.
Le calendrier déclaratif 2026 (revenus 2025) fixe l’ouverture de la déclaration en ligne au 9 avril 2026 et la date limite papier au 19 mai 2026. Les échéances en ligne s’échelonnent ensuite au 21 mai (départements 01 à 19 et non-résidents), 28 mai (20 à 54) et 4 juin 2026 (55 à 976). Gardez en mémoire l’engagement de conservation des titres pendant 5 ans, et la possibilité de reporter l’excédent de réduction de l’année N+1 à N+5. La marche à suivre tient finalement en trois gestes : souscrire en numéraire, conserver 5 ans, déclarer en case 7CI.

Vous maîtrisez désormais le Madelin de bout en bout, du taux réel aux pièges déclaratifs. Mais ce n’est qu’une des deux logiques annoncées, et l’autre raisonne à l’exact opposé : place au PEA et au PEA-PME, qui exonèrent à la sortie au lieu de réduire à l’entrée.
4. Le PEA et le PEA-PME : critères, plafonds et fiscalité de sortie en 2026
Passons à la seconde logique, celle qui exonère à la sortie au lieu de réduire à l’entrée. Le PEA-PME est le pendant symétrique du Madelin, et il obéit à ses propres règles. Trois questions commandent tout le reste : quels titres puis-je y loger, jusqu’à quel montant, et combien l’État prélève-t-il vraiment sur mes gains une fois le plan dénoué ? On entre directement dans le concret, en commençant par les titres éligibles et le plafond, avant de chiffrer ce que l’administration récupère réellement.
4.1 Titres éligibles et plafond cumulé de 225 000 € (à ne pas additionner)
Le PEA-PME accueille des titres de sociétés plus grandes que le Madelin sur le critère de taille, mais il se montre plus strict sur leur nature juridique. La société doit avoir son siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen (Islande et Norvège inclus) avec une convention d’assistance administrative, être soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), compter moins de 5 000 salariés et afficher un chiffre d’affaires inférieur ou égal à 1 500 M€ ou un bilan inférieur ou égal à 2 000 M€. Restent exclues les sociétés d’investissements immobiliers cotées (SIIC), les sociétés civiles immobilières (SCI) et les titres bénéficiant déjà d’un régime fiscal de faveur.
| Critère titres éligibles PEA-PME | Seuil |
|---|---|
| Siège | UE/EEE avec convention d’assistance administrative (Islande, Norvège inclus) |
| Régime | Soumise à l’IS |
| Effectif | Moins de 5 000 salariés |
| Taille | CA ≤ 1 500 M€ ou total de bilan ≤ 2 000 M€ |
| Exclusions | SIIC, SCI, et titres bénéficiant déjà d’un régime fiscal de faveur |
Vient ensuite le piège qui fausse le plus souvent les calculs de plafond. Le PEA seul est plafonné à 150 000 € de versements, mais le plafond du PEA et du PEA-PME est cumulé à 225 000 €. Autrement dit, si vous avez rempli votre PEA jusqu’à 150 000 €, il ne vous reste que 75 000 € disponibles pour le PEA-PME, et non 225 000 € de plus. L’erreur classique, qu’on rencontre souvent, consiste à additionner 150 000 € et 225 000 €, ce qui aboutit à un plafond fantaisiste, alors que les 225 000 € sont un plafond global. La conséquence pratique est simple, si vous comptez vous servir du PEA-PME pour loger des titres de société, mieux vaut ne pas saturer votre PEA classique à 150 000 €, sous peine de réduire d’autant la place restante. Pour comparer où ouvrir votre plan, mieux vaut connaître les frais et l’ergonomie de huit PEA avant de signer.
4.2 Combien l’État prélève en 2026 : les prélèvements sociaux à 18,6 %
Beaucoup d’épargnants raisonnent encore avec un taux de prélèvements sociaux à 17,2 %, et c’est précisément là que la note dérape. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital est portée à 10,6 % au lieu de 9,2 %, ce qui fait passer le total des prélèvements sociaux (PS) de 17,2 % à 18,6 % (CSG 10,6 %, contribution au remboursement de la dette sociale ou CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %).
Cette hausse ne frappe pas tout le monde de la même manière. Restent à 17,2 % l’assurance-vie, les revenus fonciers, les plus-values immobilières, les plans et comptes d’épargne logement (PEL/CEL) et le plan d’épargne populaire (PEP). En revanche, les plus-values mobilières d’un compte-titres comme les gains d’un PEA ou d’un PEA-PME passent bien à 18,6 % : le PEA n’est pas une exception. Et comme le taux historique des prélèvements sociaux sur le PEA a été supprimé en 2018, c’est le taux en vigueur au jour du retrait qui s’applique à l’ensemble du gain, pas le taux qui prévalait à l’époque où vous avez réalisé la plus-value.
Note de Henri
quand on suit de près la trajectoire des finances publiques, ce point de CSG en plus n’a rien d’anodin. Sur un PEA dénoué après quinze ans, ce sont 1,4 point appliqué à l’intégralité du gain, et non aux seuls flux récents. C’est typiquement le genre de détail que les données montrent comme sous-estimé par l’épargnant, parce qu’il ne se voit qu’au moment du retrait.

4.3 Exonération d’IR après 5 ans : la fiscalité de sortie du PEA-PME
Tout l’intérêt du plan se joue sur la barre des 5 ans. Une fois ce cap franchi, la plus-value est exonérée d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % restant dus comme on vient de le voir. Avant 5 ans, en revanche, le moindre retrait entraîne en principe la clôture du plan et l’imposition de la plus-value au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu auxquels s’ajoutent les 18,6 % de prélèvements sociaux. La différence entre les deux situations est loin d’être anecdotique, et le tableau ci-dessous matérialise ce que la patience rapporte.
| Moment du retrait PEA/PEA-PME | IR | PS | Total |
|---|---|---|---|
| Avant 5 ans | 12,8 % | 18,6 % | 31,4 % |
| Après 5 ans | Exonéré | 18,6 % | 18,6 % |
Données à jour — juin 2026.
Autrement dit, tenir le plan 5 ans divise par près de deux le prélèvement total sur le gain, de 31,4 % à 18,6 %. C’est un écart qui change radicalement le rendement net d’un placement à forte plus-value, et il vous suffit pour cela d’éviter un retrait et de clôture du plan avant l’échéance.
4.4 Loger des titres non cotés en PEA-PME : détention ≤ 25 %, dividendes ≤ 10 %, achat au comptant
Loger des titres non cotés dans un PEA-PME, et pas seulement des actions de sociétés cotées, ajoute quelques règles propres qu’il vaut mieux connaître avant de souscrire. D’abord, la détention familiale est plafonnée à 25 % du capital de la société : le titulaire et son groupe familial ne doivent pas dépasser ce seuil, directement ou indirectement. Ensuite, les dividendes de titres non cotés ne sont exonérés que dans la limite de 10 % de la valeur d’inscription des titres ; tout ce qui dépasse cette limite redevient imposable. Les titres doivent par ailleurs être acquis avec les liquidités présentes sur le compte espèces du plan, ce qui vous interdit de transférer dans le PEA des titres déjà détenus sur un compte-titres. Restent enfin la conservation de 5 ans pour profiter pleinement de l’avantage de sortie, et les exclusions habituelles des SIIC, SCI et régimes de faveur.
Plutôt qu’un tableau de plus, un test d’éligibilité que vous pouvez dérouler vous-même vaut mieux avant de signer. L’arbre ci-dessous reprend les filtres dans l’ordre où ils se posent, siège dans l’EEE, société à l’IS, seuils de taille, détention familiale sous les 25 %, absence d’exclusion, pour trancher si le titre passe ou non.

Vous avez maintenant les deux dispositifs en main, le Madelin qui réduit à l’entrée et le PEA-PME qui exonère à la sortie. Mais savoir comment ils marchent ne dit pas encore lequel vous coûte le moins cher. Pour le savoir, il faut sortir la calculette et confronter les deux sur des chiffres réels.
5. PEA-PME ou Madelin : le comparatif chiffré en trois scénarios
On l’a annoncé plus haut : tout l’arbitrage se joue sur le montant investi et le potentiel de gain. Reste à le prouver chiffres à l’appui, comme promis. La question est directe, pour MON ticket et MON espérance de plus-value (ou de perte), lequel des deux dispositifs me laisse le moins d’impôt au final ? On part d’une forte plus-value, où le PEA-PME domine, pour arriver au scénario de faillite, en passant par un petit montant qui inverse la conclusion. C’est ce parcours qui fait apparaître le seuil de bascule.
5.1 Gros montant, forte valorisation : le PEA-PME l’emporte
Prenons un cas d’exemple : un investissement de 200 000 € dans une PME, revendu 800 000 € après plus de 5 ans, soit une plus-value de 600 000 €. Logée en PEA-PME, cette plus-value est exonérée d’impôt sur le revenu, et seuls les prélèvements sociaux de 18,6 % s’appliquent, soit 111 600 € (au taux historique de 17,2 %, on aurait payé 103 200 €, la hausse renchérit donc la note de 8 400 €). Logée en Madelin via un compte-titres, la même opération suppose d’étaler le versement de 200 000 € sur 4 ans à 50 000 €/an : la réduction est de 9 000 €/an au taux de 18 %, soit 36 000 € cumulés sans écrêtement, puisque 9 000 € reste sous le plafond des niches de 10 000 €. Mais la plus-value, elle, est imposée au PFU de 31,4 %, soit 188 400 €, ce qui donne un coût fiscal net de 152 400 €.
L’écart parle de lui-même : 111 600 € contre 152 400 €, le PEA-PME l’emporte largement. La raison tient en une ligne, l’exonération d’impôt sur le revenu porte sur 12,8 points de 600 000 €, soit 76 800 € économisés, quand la réduction Madelin cumulée plafonne à 36 000 €. Plus la plus-value est forte, plus l’exonération de sortie écrase la réduction d’entrée. Le graphique en courbes ci-dessous vous montre à partir de quel multiple le PEA-PME prend l’avantage sur le capital net après impôt.

5.2 Petit montant, valorisation modérée : le Madelin l’emporte
Changeons d’échelle, et la conclusion s’inverse. Imaginons un investissement de 20 000 € qui vaut 40 000 € à la sortie, soit une plus-value de 20 000 €. En PEA-PME, les prélèvements sociaux de 18,6 % représentent 3 720 € (3 440 € à l’ancien taux de 17,2 %). En Madelin, la réduction initiale de 18 % vaut 3 600 €, et la plus-value imposée au PFU de 31,4 % coûte 6 280 €, ce qui ramène le coût fiscal net à 2 680 € une fois la réduction déduite.
| Exemple 20 000 € → 40 000 € | PEA-PME | Madelin (CTO) |
|---|---|---|
| Plus-value | 20 000 € | 20 000 € |
| Réduction à l’entrée | 0 € | 3 600 € (taux 18 %) |
| Imposition plus-value | PS 18,6 % = 3 720 € | PFU 31,4 % = 6 280 € |
| Coût fiscal net | 3 720 € | 2 680 € |
Données à jour — juin 2026.
Pour vous, cela veut dire que sur un petit ticket à valorisation modérée, le Madelin (2 680 €) repasse devant le PEA-PME (3 720 €), parce que la réduction certaine de 3 600 € à l’entrée surcompense une plus-value trop faible pour que l’exonération pèse lourd. Sur un investissement risqué de faible montant, le Madelin est le bon réflexe.
5.3 Scénario faillite : ce qui reste selon le dispositif
Reste le scénario que personne n’aime envisager mais qui décide souvent du choix : la perte totale. Sur un investissement de 20 000 € qui part en fumée à 100 %, le PEA-PME vous laisse une moins-value sèche de 20 000 €, car aucune réduction n’a été accordée à l’entrée et la moins-value en PEA n’est imputable que dans des conditions restrictives. Le Madelin, lui, a déjà accordé sa réduction de 3 600 € à l’entrée, et cette réduction reste acquise en cas de liquidation judiciaire de la société, événement indépendant de votre volonté, ce qui ramène la perte réelle à 16 400 €.
| Scénario faillite (perte 100 % sur 20 000 €) | PEA-PME | Madelin |
|---|---|---|
| Réduction acquise | 0 € | 3 600 € |
| Moins-value brute | 20 000 € | 20 000 € |
| Perte réelle nette | 20 000 € | 16 400 € |
Données à jour — juin 2026.
Attention au piège qui se cache dans le mot « liquidation », car une liquidation amiable, elle, entraîne la reprise de la réduction, contrairement à la liquidation judiciaire qui la préserve. Cette distinction n’est pas un détail de juriste, c’est l’argument décisif pour les profils early-stage exposés à un fort taux de faillite : le Madelin amortit l’échec quand le PEA-PME le subit de plein fouet. Le diagramme en barres ci-dessous regroupe les trois scénarios (petit montant, gros montant, faillite) pour vous montrer d’un coup d’œil le seuil de bascule entre les deux dispositifs.

6. Quel dispositif choisir selon votre profil ?
Les chiffres ont tranché scénario par scénario, mais votre situation, elle, ne ressemble exactement à aucun des trois cas. La question devient donc personnelle : comment traduire ce comparatif en une décision claire pour VOUS, que vous investissiez en nom propre, via une holding ou en business angel ? On part de la règle d’arbitrage générale, qui croise montant, potentiel et plafonds, avant de la décliner selon votre profil.
6.1 La règle d’arbitrage : montant, potentiel et plafonds disponibles
La décision tient en quelques bascules simples à mémoriser. Forte plus-value attendue, du genre multibagger, et montant important : le PEA-PME s’impose, parce que l’exonération d’impôt sur le revenu domine tout le reste. Plus-value seulement modérée, ou risque de faillite élevé, ou petit montant : le Madelin reprend l’avantage, car sa réduction d’entrée est certaine et protège en cas d’échec. Dernier cas de figure, si votre PEA est déjà rempli à 150 000 €, le solde disponible en PEA-PME se limite à 75 000 €, et au-delà de ce solde le Madelin, qui n’a pas de plafond d’enveloppe, reprend la main sous réserve du plafond des niches.
Rien ne vous oblige d’ailleurs à trancher une fois pour toutes, puisque vous pouvez parfaitement combiner les deux sur des titres différents, l’un en Madelin, l’autre en PEA-PME. Et si vous cherchez à articuler ce choix avec le reste de votre fiscalité, il existe d’autres leviers de réduction de l’IR qui se cumulent dans la limite, toujours elle, des 10 000 € de niches. L’arbre ci-dessous condense cette règle en un parcours de décision.

6.2 Le particulier en nom propre : arbitrage standard et plafonds seul/couple
Pour le particulier qui investit en nom propre, l’arbitrage reste celui que les trois scénarios ont décrit, le PEA-PME pour les forts montants à fort potentiel, le Madelin pour les tickets modestes ou risqués. Un point mérite cependant votre attention si vous êtes en couple. Les plafonds de versement Madelin doublent bien pour un couple soumis à imposition commune, 100 000 € au lieu de 50 000 €, mais le plafond des niches reste à 10 000 € par foyer et ne double jamais. Vous pouvez donc verser davantage à deux, sans pour autant doubler la réduction utilisable la même année, l’excédent partant en report. Le tableau suivant range les profils-types et leur canal de prédilection.
| Profil | Canal optimal | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Épargnant prudent, petit ticket | FCPI-JEI / FCPR ou Madelin direct modéré | Frais des fonds, quota d’investissement, performance nette négative des fonds soldés |
| Investisseur fortuné, fort potentiel | PEA-PME (titres éligibles) | Plafond 225 000 €, détention ≤ 25 % |
| Business angel early-stage | Madelin direct | Risque faillite, conservation 5 ans |
| Dirigeant via holding | Montage encadré (holding animatrice/passive) | Réduction attachée à la personne physique |
Données à jour — juin 2026.
6.3 Le dirigeant qui investit via une holding : réduction attachée à la personne physique
Le dirigeant qui veut investir via une holding plutôt qu’en nom propre se heurte à une règle qui surprend souvent : la réduction Madelin bénéficie à la personne physique, pas à la société. L’investissement intermédié par une holding n’ouvre donc droit à la réduction que dans des cadres précis. Une holding animatrice est éligible si elle remplit les conditions des PME opérationnelles, qu’elle est constituée depuis au moins 12 mois et qu’elle contrôle au moins une filiale depuis au moins 12 mois. Une holding passive l’est si elle a pour objet exclusif de détenir des participations dans des PME opérationnelles éligibles et qu’elle satisfait aux conditions BOFiP (objet exclusif, nombre d’associés, mandataires sociaux personnes physiques). Hors de ces deux cas, l’apport via une holding soumise à l’IS n’ouvre aucun droit à réduction. Avant de monter quoi que ce soit, mieux vaut comprendre en détail le fonctionnement d’une holding patrimoniale, tant les conditions sont exigeantes.
6.4 Le business angel early-stage : Madelin direct et points où l’on perd l’avantage
Le business angel qui souscrit en direct au capital de jeunes entreprises est, par construction, le profil le plus exposé au risque de faillite. C’est précisément pour lui que le Madelin direct prend tout son sens, puisque la réduction acquise dès l’entrée joue le rôle de coussin si la société part en liquidation judiciaire. Encore faut-il éviter les situations où l’avantage se reprend. Une cession avant 5 ans entraîne en principe la reprise de la réduction, sauf causes exonératoires limitativement prévues : licenciement, décès, invalidité de 2ᵉ ou 3ᵉ catégorie du contribuable ou de son conjoint ou partenaire de PACS, et donation si le donataire reprend l’engagement de conservation. S’y ajoute la distinction déjà vue, la liquidation judiciaire exonère de reprise, l’amiable non. Notez enfin que l’épargne salariale, via un plan d’épargne entreprise (PEE) ou un plan d’épargne retraite collectif (PERECO), forme un canal distinct avec sa propre fiscalité, qui ne se cumule pas avec le Madelin sur les mêmes sommes. Pour ce type de souscription directe au capital de jeunes entreprises, comprendre la logique du capital-risque en amorçage vous aide à calibrer votre exposition.

Vous savez désormais trancher entre les deux dispositifs en souscription directe, que ce soit en nom propre, via une holding ou en business angel. Mais tout le monde n’a ni le temps ni l’envie de sélectionner ses PME une à une. Pour qui préfère déléguer ce travail à un gérant, reste à savoir si les fonds défiscalisants gardent un intérêt en 2026, alors que le FCPI classique et le FIP métropole ont déjà fermé leurs portes.
7. Les fonds FCPI, FIP et FCPR sont-ils encore une option en 2026 ?
Tout le monde n’a ni le temps ni l’envie de décortiquer une PME, d’éplucher ses comptes et de négocier son pacte d’actionnaires. C’est précisément pour ces lecteurs que la voie intermédiée existe : vous déléguez la sélection à un gérant et vous investissez dès quelques milliers d’euros. Mais une réforme entrée en vigueur début 2026 a sérieusement rebattu les cartes, et au fond, ce qui compte pour vous, c’est le rendement net une fois les frais et la performance encaissés. Regardons d’abord ce qui reste éligible et ce que ça rapporte vraiment, avant de récapituler les erreurs qui découlent de tout ce qu’on vient de voir.
7.1 Réforme 2026 et performance réelle : quels fonds restent une option ?
La loi de finances 2025/2026 a fait le ménage dans les fonds défiscalisants, et le calendrier ne laisse aucune place à l’interprétation. Pour toute souscription effectuée à compter du 21/02/2026, la voie « FCPI ou FIP classiques pour défiscaliser » est largement fermée. Le fonds commun de placement dans l’innovation (FCPI) classique donnait droit à 25 % jusqu’au 20/02/2026, puis il devient inéligible : seuls les FCPI investis en jeunes entreprises innovantes (JEI) ouvrent encore droit à réduction, au taux de 30 %, avec des plafonds de versement de 75 000 € pour une personne seule et 150 000 € pour un couple. Côté fonds d’investissement de proximité (FIP), le FIP métropole est purement et simplement supprimé. Les FIP Corse et Outre-mer (DROM) devraient prochainement entrer dans le dispositif IR-PME au taux historique de 30 % (plafonds 12 000 € / 24 000 €), mais leur éligibilité 2026 reste suspendue à l’aval de la Commission européenne, ce qui vous interdit de la considérer comme acquise. Reste le fonds commun de placement à risques (FCPR), qui joue une tout autre partition : pas de réduction à l’entrée, mais une exonération d’impôt sur le revenu des plus-values sous condition de détention de 5 ans, hors plafond des niches.
| Fonds intermédié | Éligibilité 2026 | Plafonds de versement | Réduction |
|---|---|---|---|
| FCPI classique | 25 % jusqu’au 20/02/2026, puis inéligible depuis le 21/02/2026 | Sans objet | Néant depuis le 21/02/2026 |
| FCPI investi en JEI | Seul FCPI encore éligible depuis le 21/02/2026 | 75 000 € / 150 000 € (couple) | 30 % |
| FIP métropole | Supprimé | Sans objet | Néant |
| FIP Corse / Outre-mer (DROM) | Sous réserve de l’aval de la Commission européenne | 12 000 € / 24 000 € (couple) | 30 % (sous réserve aval UE) |
| FCPR | Pas de réduction d’entrée ; exonération d’IR des plus-values après 5 ans | Sans objet | Hors plafond niches |
Données à jour — juin 2026.
Reste le point que les plaquettes commerciales préfèrent garder pour elles. La réduction d’un fonds ne se calcule pas sur ce que vous versez, mais sur le versement net de frais et corrigé du quota d’investissement éligible réellement atteint par la société de gestion, un montant le plus souvent inférieur au versement brut. Autrement dit, votre base de réduction est rabotée avant même que le taux ne s’applique. Et quand on regarde le rendement net, l’étude la plus récente de l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur les fonds soldés ne fait pas de cadeau : un taux de rendement interne (TRI) médian net d’environ −1,4 % pour les FCPI et −5,6 % pour les FIP. L’avantage fiscal d’entrée a donc souvent été absorbé, voire dépassé, par la contre-performance et les frais, sachant qu’un fonds diversifié affiche en 2025-2026 des frais moyens de l’ordre de 1,28 % par an selon l’AMF. La leçon est simple : la défiscalisation ne doit jamais primer sur la qualité de l’actif sous-jacent.
Note de Tom
quand on investit en Private Equity en direct et qu’on sélectionne soi-même ses cibles, on voit vite ce que les frais d’un fonds intermédié grignotent année après année. Pour ma part, je préfère choisir la société et négocier mes conditions plutôt que de déléguer à un véhicule dont la performance nette est souvent mangée par la gestion. La carotte fiscale ne m’a jamais fait signer pour un actif que je n’aurais pas voulu détenir sans elle.
Tout cela ne condamne pas les fonds en bloc, rassurez-vous. Si vous tenez à déléguer, un FCPI investi en JEI à 30 % ou une JEII à 40 % gardent un intérêt fiscal réel, et le FCPR reste pertinent pour exonérer une plus-value sans viser la réduction d’entrée. Le bon réflexe, désormais, c’est d’arrêter de raisonner « FCPI classique » ou « FIP métropole », et de comparer les véhicules restants sur leur performance nette autant que sur leur taux d’entrée. Pour mettre ces options en regard, mieux vaut savoir quels véhicules de Private Equity tiennent encore la route une fois les frais déduits.
7.2 Les erreurs fréquentes à ne plus commettre
Arrivé ici, vous avez de quoi éviter les pièges qui reviennent le plus souvent sur ce sujet. Autant les regrouper d’un coup, car la plupart découlent directement de ce qu’on vient de décortiquer, du taux réel à la réforme des fonds.
La première erreur, c’est de confondre une réduction et un crédit d’impôt : si votre réduction Madelin dépasse votre impôt, rien ne vous est remboursé, l’excédent partant simplement en report sur 4 ans. Vient ensuite le réflexe d’additionner les plafonds du PEA, alors que les 225 000 € sont un plafond global incluant les 150 000 € du PEA classique, pas un bonus qui s’y ajoute. Troisième piège, surévaluer le taux en appliquant 25 % à une start-up ordinaire, quand c’est 18 % qui s’applique, le 25 % étant réservé aux ESUS et SFS. On oublie aussi régulièrement le plafond des niches à 10 000 € par foyer, qui ne double pas pour un couple et borne la réduction utile d’une même année. Autre confusion tenace, croire que le PEA échappe à la hausse des prélèvements sociaux alors qu’il passe bien à 18,6 % en 2026, sans exception. Il y a enfin la tentation de cumuler les deux dispositifs sur un même titre, ce qui est impossible, un titre relevant soit du Madelin, soit du PEA-PME.
Deux erreurs propres à 2026 méritent que vous y prêtiez une attention particulière. Compter encore sur un FCPI classique ou un FIP métropole pour défiscaliser n’a plus aucun sens, le premier étant inéligible depuis le 21/02/2026 et le second supprimé. Et au moment d’une faillite, confondre liquidation judiciaire et liquidation amiable peut vous coûter cher : la première préserve votre réduction Madelin, la seconde la reprend. Le diagramme des taux 2026 vu plus haut signalait déjà les supports fermés, c’est exactement la grille de lecture à garder en tête avant de souscrire.
8. Synthèse : votre mémo de décision avant de souscrire
Vous avez désormais tous les éléments en main, les deux dispositifs, les chiffres, les profils et le verdict sur les fonds. Il ne reste qu’à condenser tout cela en un mémo qui tient en un coup d’œil, sans ressortir le moindre chiffre nouveau. On part de la décision et des pièges en un visuel, avant le tableau de référence qui met les deux dispositifs face à face une dernière fois.
8.1 La décision et les pièges en un seul visuel
Au moment de souscrire, toute la méthode se ramène à quatre questions enchaînées : le titre est-il éligible, quel est le montant en jeu, quel potentiel de gain visez-vous, et quels plafonds restent disponibles ? Selon vos réponses, la sortie est le PEA-PME pour les forts montants à fort potentiel, le Madelin pour les tickets modestes ou risqués, ou une combinaison des deux sur des titres différents. L’arbre ci-dessous déroule ce parcours et l’assortit d’une checklist des bons gestes et des pièges à fuir.
Du côté des bons réflexes, trois gestes suffisent à sécuriser l’avantage : souscrire en numéraire, conserver les titres 5 ans, et déclarer en 2042-RICI case 7CI. À l’inverse, quatre erreurs reviennent assez souvent pour mériter d’être bannies une fois pour toutes : dépasser 25 % de détention familiale en PEA-PME, additionner 150 000 € et 225 000 € comme s’il s’agissait de deux plafonds distincts, viser un FIP métropole ou un FCPI classique alors qu’ils ne défiscalisent plus, et appliquer 25 % à une PME ordinaire quand le taux réel est de 18 %.

8.2 Tableau récapitulatif : Madelin IR-PME vs PEA-PME
Pour refermer le sujet, voici la grille complète qui met les deux dispositifs face à face, critère par critère. Tout ce qu’elle contient a déjà été expliqué et chiffré dans les sections précédentes, elle ne fait que rassembler la décision en une seule lecture.
| Critère décisif | Madelin IR-PME (via CTO) | PEA-PME |
|---|---|---|
| Avantage fiscal | Réduction d’IR à l’entrée : 18 % (PME ordinaire ; 25 % réservé aux ESUS/SFS, 40 % pour les JEII) | Exonération d’IR de la plus-value après 5 ans |
| Plafond | Versement 50 000 € / 100 000 € ; réduction sous plafond niches 10 000 € | Versement cumulé 225 000 € (PEA 150 000 €) |
| Fiscalité plus-value | PFU 31,4 % (CTO) | IR exonéré, PS 18,6 % |
| Durée de conservation | ≥ 5 ans | ≥ 5 ans (avantage de sortie) |
| Report en cas d’excédent | Niches : 5 ans ; > impôt : 4 ans | Sans objet |
| En cas de faillite | Réduction conservée si liquidation judiciaire | Moins-value sèche |
| Titres exclus | Activités patrimoniales / financières | SIIC, SCI, régimes de faveur |
| Optimal si | Petit montant, gain modéré, risque élevé | Gros montant, forte plus-value attendue |
| Cumul sur même titre | Non | Non |
Données à jour — juin 2026.
En résumé, aucun des deux dispositifs n’est meilleur dans l’absolu, tout se joue sur votre montant, votre potentiel de gain et votre tolérance au risque de faillite. Le Madelin vous protège quand l’aventure tourne court, le PEA-PME vous récompense quand elle réussit, et rien ne vous interdit de combiner les deux sur des titres différents. Avec cette grille en tête, vous avez de quoi trancher en connaissance de cause avant la moindre souscription.
Conclusion
Au fond, choisir entre PEA-PME et Madelin IR-PME ne se joue ni sur une mode ni sur un taux affiché, mais sur deux variables très concrètes : le montant que vous investissez et le potentiel de valorisation du titre. Les prélèvements sociaux sont identiques dans les deux cas, à 18,6 % depuis 2026, donc ce n’est jamais là que l’écart se creuse. Tout se joue sur l’impôt sur le revenu et sur la réduction d’entrée. Sur un gros ticket à forte plus-value, l’exonération d’IR du PEA-PME écrase la réduction Madelin. Sur un petit montant risqué, c’est l’inverse qui domine : la réduction de 18 % acquise dès l’entrée protège mieux, et elle vous reste même si la société part en liquidation judiciaire.
Le facteur qu’on voit le plus souvent mal calibré tient au taux : pour une PME ordinaire, c’est 18 %, jamais 25 %, ce dernier restant réservé aux ESUS et aux SFS. Gardez aussi en tête que le FCPI classique est inéligible depuis février 2026 et que le FIP métropole a disparu, ce qui rend l’arbitrage encore plus tranché qu’avant.
Pour aller plus loin, vous pouvez replacer cette décision dans l’ensemble de vos leviers d’optimisation de l’impôt sur le revenu, comparer les véhicules de Private Equity accessibles au particulier selon votre horizon, ou, si vous investissez en tant que dirigeant, examiner les conditions d’une holding patrimoniale. Article après article, on décortique chaque dispositif chiffres à l’appui, pour que vous puissiez trancher en connaissance de cause avant la moindre souscription.
FAQ : investir dans des PME pour réduire son impôt
Qu’est-ce que la réduction d’impôt Madelin IR-PME et qui est concerné ?
Le dispositif Madelin IR-PME (article 199 terdecies-0 A du Code général des impôts, en vigueur depuis 1994) accorde aux personnes physiques domiciliées en France une réduction d’impôt sur le revenu égale à 18 % du montant souscrit au capital d’une PME ordinaire éligible. C’est le point que l’on doit clarifier en premier, car beaucoup partent encore du taux de 25 % : ce taux est réservé aux souscriptions au capital d’une ESUS ou d’une SFS, pour les versements réalisés du 28/06/2024 au 30/09/2026, et il ne s’applique jamais à une start-up classique. Un autre dispositif, distinct, la JEII (jeune entreprise innovante à impact), ouvre droit à 40 % pour les versements du 21/02/2026 au 31/12/2028. Sont concernés les contribuables imposés à l’IR, qu’ils soient business angels, dirigeants ou entrepreneurs souscrivant au capital initial ou à une augmentation de capital, à condition de conserver les titres pendant au moins 5 ans.
Quel est le plafond de la réduction IR-PME et comment s’articule-t-il avec le plafond des niches ?
Le versement éligible est plafonné à 50 000 € pour une personne seule et à 100 000 € pour un couple. Mais attention, c’est un piège que l’on voit souvent, la réduction obtenue entre ensuite dans le plafonnement global des niches fiscales de 10 000 € par an et par foyer (porté à 18 000 € avec l’Outre-mer et les SOFICA). Autrement dit, ce n’est pas parce que vous versez 50 000 € que vous imputez toute la réduction la même année. L’excédent au-delà de 10 000 € reste utilisable, puisqu’il est reportable sur 5 ans ; quant à la fraction qui dépasse l’impôt réellement dû, elle est reportable sur 4 ans. Dans les deux cas, rien ne devient un crédit d’impôt remboursable, ces deux reports étant des mécanismes différents qu’il ne faut pas confondre. Pour situer cette réduction parmi les autres leviers du foyer, notre guide sur les déductions, réductions et crédits d’impôt détaille le fonctionnement du plafond de 10 000 €.
Quelle est la différence entre PEA et PEA-PME, et quel est l’intérêt du PEA-PME ?
Le PEA (Plan d’Épargne en Actions) est plafonné à 150 000 € de versements, tandis que le PEA-PME vient compléter ce plafond jusqu’à un total cumulé de 225 000 €. Ces deux plafonds ne s’additionnent donc pas librement : si votre PEA est déjà rempli à 150 000 €, il ne vous reste que 75 000 € de capacité pour le PEA-PME. Son intérêt est d’accueillir des titres de PME et d’ETI (entreprises de taille intermédiaire), cotées ou non, tout en exonérant la plus-value d’impôt sur le revenu après 5 ans de détention, les prélèvements sociaux de 18,6 % restant dus en 2026. C’est une enveloppe particulièrement adaptée aux fortes plus-values, car plus le titre prend de valeur, plus l’exonération d’IR devient avantageuse. Si vous voulez comprendre le fonctionnement complet de l’enveloppe avant de vous lancer, notre guide du PEA reprend les règles de plafond, de durée et de fiscalité en détail.
PEA-PME ou Madelin : lequel choisir selon ma situation ?
Tout se joue sur deux critères, le montant investi et le potentiel de valorisation. Pour un montant important avec un fort potentiel de plus-value (le fameux multibagger), le PEA-PME l’emporte, car l’exonération d’IR sur une grosse plus-value finit par dépasser la réduction obtenue à l’entrée. Pour un petit montant, une plus-value attendue modérée ou un risque de faillite élevé, c’est au contraire le Madelin qui domine : la réduction de 18 % (PME ordinaire) est acquise immédiatement et reste conservée même si la société fait faillite par liquidation judiciaire, ce qui amortit la perte. Notez bien que les deux dispositifs ne se cumulent jamais sur un même titre, mais rien ne vous empêche de les faire coexister sur des titres différents au sein de votre patrimoine.
Que devient mon avantage fiscal si la start-up fait faillite ?
C’est l’une des questions qui revient le plus souvent, et la réponse dépend entièrement de l’enveloppe choisie. En Madelin, la réduction d’impôt obtenue à l’entrée reste acquise si la société fait l’objet d’une liquidation judiciaire, un événement considéré comme indépendant de votre volonté : sur un investissement de 20 000 € dans une PME ordinaire au taux de 18 %, la réduction de 3 600 € ramène la perte réelle à 16 400 €. Attention toutefois, une liquidation amiable produit l’effet inverse et entraîne la reprise de la réduction. En PEA-PME, aucune réduction n’ayant été accordée à l’entrée, la perte est sèche à hauteur des 20 000 €, la moins-value n’étant imputable que dans des conditions restrictives. C’est précisément ce coussin de sécurité qui fait pencher la balance vers le Madelin pour les paris les plus risqués, un arbitrage que l’on retrouve dans toute approche du Private Equity pour les particuliers.




