DPE 2026 : interdictions de location et stratégie bailleur

Plateau horizontal en équilibre sur une sphère, surmonte un escalier en gradins. À droite, une colonnade classique tronquée se dresse sur fond sableux uni.

Vous êtes bailleur et votre logement affiche un DPE F ou G. La question n’est plus de savoir si l’interdiction de location va vous concerner, mais quand. Depuis le 1er janvier 2025, les passoires thermiques classées G ne peuvent déjà plus être proposées à une nouvelle location nue à usage de résidence principale en France métropolitaine. Le 1er janvier 2028, ce sera au tour des F. Puis les E, le 1er janvier 2034. Et entre-temps, les sanctions civiles s’empilent : réduction de loyer, dommages et intérêts, exécution forcée des travaux par le juge des contentieux de la protection.

Le DPE 2026 est devenu un véritable couperet patrimonial pour les 5,2 millions de bailleurs français. Et dans la pratique, le coût de l’inaction dépasse largement celui des travaux. Les Notaires de France ont chiffré la décote « valeur verte » dans leur étude 2024 : jusqu’à 22 % de perte à la revente sur une maison classée G hors Île-de-France. À cela s’ajoutent le gel des loyers F/G depuis août 2022, la vacance locative qui s’installe, et le verdissement du crédit qui durcit l’accès au financement pour les biens mal notés. L’effet patrimonial est triple, et il s’accélère.

L’année 2026 marque un tournant pratique pour le bailleur. La méthode 3CL-DPE 2024 a été affinée pour les petits logements (140 000 sortis du statut de passoire), le DPE collectif devient obligatoire pour les copropriétés de 50 lots ou moins, et la loi de finances 2026 vient de proroger jusqu’au 31 décembre 2027 le déficit foncier doublé à 21 400 € pour les rénovations de passoires. Une fenêtre fiscale qu’il faut savoir actionner avant qu’elle ne se referme. Voici les règles du jeu en 2026, les ordres de grandeur de l’impact patrimonial, et la séquence concrète des aides à mobiliser pour transformer une passoire en bien rentable, sans perdre un euro de subvention en cours de route.

1. Calendrier des interdictions et grille DPE 2026 : ce qui change pour le bailleur

L’introduction a rappelé que le couperet est tombé pour les G en 2025 et qu’il se rapproche pour les F en 2028. Encore faut-il savoir lire la grille A→G, comprendre ce qu’elle interdit exactement, et vérifier que le diagnostic sur lequel vous vous appuyez est toujours juridiquement valable. C’est ce que cette première partie clarifie, en commençant par les seuils chiffrés, avant de passer au calendrier et à la validité du DPE.

1.1 Grille DPE A→G et règle de la plus mauvaise étiquette

Depuis le 1er juillet 2021, le DPE n’est plus indicatif, il est opposable. Et il repose sur une logique que beaucoup de bailleurs découvrent tardivement : deux étiquettes affichées côte à côte, la consommation d’énergie primaire en kWh/m²/an et les émissions de gaz à effet de serre en kgCO₂eq/m²/an. La classe finale retenue est la plus mauvaise des deux, règle introduite par l’article 2 du décret n° 2020-1610 du 17 décembre 2020. Pour vous donner un cas typique, un logement très bien isolé mais chauffé au fioul peut afficher une étiquette énergie en C et une étiquette climat en F. La note retenue sera F.

ClasseÉnergie primaire (kWh/m²/an)GES (kgCO₂eq/m²/an)Statut location 2026
A≤ 70≤ 6Autorisé
B71–1107–11Autorisé
C111–18012–30Autorisé
D181–25031–50Autorisé
E251–33051–70Autorisé jusqu’au 31/12/2033
F331–42071–100Autorisé jusqu’au 31/12/2027
G> 420> 100Interdit depuis 1/1/2025

Données à jour — mai 2026. Source : arrêté du 31 mars 2021, modifié par arrêté du 25 mars 2024 (seuils petites surfaces < 40 m²).

Le bémol le plus souvent ignoré concerne le gaz. Depuis 2021, le gaz est pénalisé sur l’étiquette climat, ce qui peut faire passer un logement de D à F même avec une isolation correcte, alors qu’il aurait peut-être affiché un C dans l’ancien système. C’est l’inverse pour une pompe à chaleur, qui tire l’étiquette climat vers le haut. L’astuce est de d’abord identifier laquelle des deux étiquettes tire la note vers le bas avant de prioriser les travaux. Si c’est l’énergie primaire, vous attaquez l’isolation et la ventilation ; si c’est le climat, c’est le mode de chauffage qu’il faut changer. Les bailleurs qui s’arrêtent à la classe globale sans regarder la double étiquette planifient parfois des travaux qui ne suffiront pas au saut de classe.

1.2 Calendrier 2025-2034, périmètre exact et sanctions civiles

Vous savez désormais lire votre étiquette et identifier votre classe. Reste à transformer cette classe en chronologie réglementaire, parce que c’est elle qui détermine le calendrier dans lequel un bailleur peut continuer à louer son bien. Trois dates jalonnent l’agenda jusqu’à 2034, fixées par l’article 160 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (loi Climat et Résilience) : les G sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2025, les F le seront au 1er janvier 2028, les E au 1er janvier 2034.

Frise chronologique 2021-2034 des échéances DPE : opposabilité, gel des loyers, audit énergétique, interdictions G/F/E et DPE collectif des copropriétés.
Calendrier DPE 2021-2034 et interdictions de location

L’interdiction couvre les nouveaux baux, les renouvellements et les reconductions tacites. Un point fréquemment mal compris : un bail en cours signé avant la date butoir continue jusqu’à son terme contractuel, mais ne peut être renouvelé si le logement reste en G. Autrement dit, ce n’est pas le 1er janvier 2025 ou 2028 que vous devez avoir terminé vos travaux, c’est au moment de la reconduction. Une famille en place sur un bail 2024 peut donc rester dans un logement G jusqu’à la fin du contrat ; en revanche, à l’échéance, la mise en conformité est exigée.

À cela s’ajoute le gel des loyers F/G, déjà actif depuis le 24 août 2022 (décret n° 2022-1079 pris en application de l’article 159 de la loi Climat). Pas d’indexation IRL, pas d’augmentation entre deux locataires, et le dispositif est étendu aux DROM depuis le 1er juillet 2024. La perspective meublée est alignée : la location meublée de résidence principale et le bail mobilité sont visés au même calendrier G/F/E. La location saisonnière < 4 mois/an reste hors champ pour le moment, mais les meublés de tourisme en zones tendues exigent déjà la classe E depuis le 21/11/2024 au titre de la loi Le Meur n° 2024-1039.

Sur les sanctions, il faut couper court à une confusion courante : il n’existe pas d’amende administrative dédiée. Le risque est civil. Le locataire d’un logement loué illégalement peut saisir le juge des contentieux de la protection pour exiger une réduction ou une suspension de loyer, des dommages et intérêts, ou l’exécution forcée des travaux. Une saisine préalable de la Commission départementale de conciliation est possible, un référé en cas d’urgence. Le bailleur ne peut pas opposer le caractère « décent » du logement, puisqu’une classe G équivaut à une non-décence énergétique. Si vous hésitez entre rénover et vendre dans ce contexte, on a détaillé les paramètres dans cette stratégie d’investissement immobilier 2026 face à l’interdiction des passoires thermiques.

1.3 Validité du DPE en 2026 et attestation rectificative ADEME

La classe est identifiée, le calendrier est intégré, reste une question qui conditionne tout le reste : votre diagnostic actuel est-il encore juridiquement opposable ? Un DPE caduc est inutilisable pour louer comme pour activer une aide fiscale, même s’il affichait un classement favorable.

La règle de base est simple : un DPE est valable 10 ans à compter de sa date d’établissement, dès lors qu’il a été réalisé selon la méthode 3CL post-1er juillet 2021 (article R.126-28 du Code de la construction et de l’habitation, décret n° 2021-19). Les diagnostics antérieurs ont été frappés d’une caducité automatique par paliers, et c’est aujourd’hui le principal piège pour les bailleurs qui n’ont pas remis leur dossier à jour.

DPE réalisé entre…Validité en 2026
1er janvier 2013 – 31 décembre 2017Caduc (expiré le 31/12/2022)
1er janvier 2018 – 30 juin 2021Caduc (expiré le 31/12/2024)
1er juillet 2021 – 30 juin 2024 (3CL initiale)Valable 10 ans à compter de l’établissement
1er juillet 2024 et après (3CL avec correctif < 40 m²)Valable 10 ans à compter de l’établissement

Données à jour — mai 2026.

Concrètement, si vous vous appuyez encore sur un diagnostic réalisé avant juillet 2021, il est aujourd’hui juridiquement inopposable : il faut en commander un nouveau avant tout nouveau bail, avant un renouvellement ou avant la publication de l’annonce locative. Le DPE est en effet exigé dès la mise en ligne de l’annonce depuis la loi ELAN, puis la loi Climat. Continuer à louer sur un DPE caduc, c’est s’exposer aux mêmes recours civils que pour une passoire interdite.

Avant de débourser 100 à 250 € pour refaire un DPE complet, il y a un quick-win souvent ignoré pour les petites surfaces. Les bailleurs de logements < 40 m² classés F ou G entre le 1/7/2021 et le 30/6/2024 peuvent obtenir gratuitement une attestation rectificative ADEME, téléchargeable sans visite via le numéro de DPE à 13 caractères sur observatoire-dpe-audit.ademe.fr (arrêté du 25 mars 2024 art. 3, arrêté du 13 août 2025 art. 2). La réforme des petites surfaces de juillet 2024 a corrigé un ratio ECS/surface qui pénalisait mécaniquement les studios, et environ 140 000 logements sont sortis du statut de passoire dans la foulée. Le bon réflexe est de vérifier l’attestation rectificative AVANT de commander un nouveau DPE, parce qu’un studio reclassé E ou D ne nécessite ni travaux ni nouveau diagnostic.

Dernier point pratique, propre à l’opération de rénovation : après travaux, refaire un DPE n’est pas une obligation administrative, mais il devient indispensable pour deux raisons. D’abord pour relouer ou revendre en affichant le nouveau classement. Ensuite parce que le déficit foncier doublé exige un DPE avant + un DPE après comme preuve du saut de classe (BOFiP BOI-RFPI-BASE-30-20), point sur lequel on revient en partie 2.

2. Méthode 3CL-DPE 2024 : comment lire son diagnostic sans se tromper

Vous savez à présent à quelle échéance vous êtes soumis et si votre diagnostic est encore valable. Reste à comprendre ce que le DPE mesure réellement, parce que c’est ce point qui conditionne la stratégie de travaux. La méthode 3CL n’est pas une mesure de consommation, c’est un calcul conventionnel, et cette distinction change radicalement les leviers à actionner.

2.1 Principe du calcul conventionnel 3CL et réforme des petites surfaces

Depuis le 1er juillet 2021, le DPE repose exclusivement sur la méthode 3CL-DPE, pour Calcul de Consommation Conventionnelle des Logements. Le diagnostiqueur saisit dans un logiciel agréé une soixantaine de paramètres techniques (surface, orientation, qualité d’isolation des murs et combles, type de chauffage et d’eau chaude sanitaire, ventilation, énergies renouvelables installées), et le logiciel restitue un besoin théorique en kWh d’énergie primaire et en kgCO₂eq par mètre carré et par an. Le mot important, c’est conventionnel. Le calcul est indépendant de l’usage réel : deux logements identiques mais occupés différemment afficheront exactement le même DPE.

La conséquence pour le bailleur est essentielle, et on la voit régulièrement mal interprétée. On ne peut pas améliorer son DPE en chauffant moins ni en demandant à son locataire de baisser le thermostat. Seuls les travaux sur l’enveloppe et sur les équipements modifient la classe affichée. C’est ce qui rend la lecture du diagnostic stratégique : les deux scénarios de travaux recommandés en fin de DPE (« performance » et « usage ») sont une feuille de route chiffrée vers la classe cible, pas un avis indicatif.

L’arrêté du 25 mars 2024 (entré en vigueur le 1/7/2024) a corrigé une anomalie technique qui pénalisait les surfaces habitables inférieures à 40 m². Ces logements supportaient un ratio d’eau chaude sanitaire sur surface défavorable, ce qui gonflait artificiellement leur consommation primaire au mètre carré et faisait basculer beaucoup de studios en F ou G sans rapport avec leur réelle performance thermique. Les seuils ont été révisés, et 140 000 logements sont sortis du statut de passoire dans la foulée. C’est précisément cette réforme qui justifie l’attestation rectificative gratuite évoquée en 1.3 : si votre studio a été diagnostiqué F ou G avant juillet 2024, le numéro à 13 caractères suffit pour obtenir une étiquette mise à jour, sans visite et sans frais. Vérification immédiate, et parfois plusieurs milliers d’euros de travaux non nécessaires économisés au passage.

2.2 Quatre confusions fréquentes et choix d’un diagnostiqueur certifié

Maintenant que vous savez ce que le DPE mesure, on peut corriger les confusions qui coûtent le plus cher aux bailleurs. Quatre reviennent systématiquement.

La première, c’est de penser qu’un mauvais DPE traduit une consommation excessive de l’occupant. Faux : comme on vient de le voir, le DPE est conventionnel, et la facture EDF n’a aucune incidence sur l’étiquette. La deuxième concerne l’électricité : vous entendrez souvent que le chauffage électrique pénalise mécaniquement. C’est partiellement vrai. L’électricité supporte un coefficient d’énergie primaire de 2,3, ce qui signifie que pour 1 kWh consommé en sortie de prise, le DPE compte 2,3 kWh d’énergie primaire au titre du rendement moyen de production électrique en France. Cela pénalise effectivement les radiateurs et convecteurs directs. Mais une pompe à chaleur divise la consommation finale par 3 ou 4 grâce à son coefficient de performance, ce qui neutralise voire inverse l’effet du coefficient 2,3. Une PAC bien dimensionnée peut faire gagner deux classes à elle seule.

La troisième confusion est tenace : le gaz serait avantagé au DPE. C’est l’inverse depuis 2021. Le gaz est désormais pénalisé sur l’étiquette climat via le poids carbone du méthane, ce qui peut faire basculer la note finale par la règle de la plus mauvaise des deux étiquettes. La loi de finances 2024 a en outre acté la fin des aides MaPrimeRénov’ pour les chaudières gaz neuves, et l’arbitrage de remplacement devient encore moins favorable au gaz. Quatrième confusion enfin : se contenter d’un simulateur en ligne. Simul’Aid€s sur france-renov.gouv.fr, ou les outils proposés par l’ADEME, donnent une estimation indicative utile pour se projeter, mais aucun simulateur ne produit un DPE opposable. Pour louer, vendre, ou activer une aide fiscale, seul un diagnostic réalisé par un opérateur certifié vaut juridiquement.

Pour choisir un diagnostiqueur, l’annuaire officiel diagnostiqueurs.din.developpement-durable.gouv.fr liste les opérateurs certifiés par un organisme accrédité COFRAC. Le coût du DPE n’est pas réglementé : la fourchette indicative observée se situe entre 100 et 250 € pour un logement standard selon la surface, la localisation et le système de chauffage (source ADEME). Demander plusieurs devis reste la règle, comme pour toute prestation non réglementée. Dernier réflexe utile : le DPE annoncé par un vendeur ou par un mandataire est vérifiable en deux minutes sur l’Observatoire DPE-Audit ADEME via le numéro à 13 caractères. La base nationale donne la date d’établissement, la classe et le diagnostiqueur, ce qui permet de détecter un DPE absent de la base ou expiré avant même de visiter le bien.

Vous savez désormais lire votre étiquette, situer votre logement sur le calendrier 2025-2034, vérifier la validité de votre diagnostic et choisir un diagnostiqueur opposable. Reste la question économique qui fait basculer la décision : combien la classe DPE pèse-t-elle vraiment sur la valeur du bien, sur le loyer et sur l’accès au crédit ? C’est ce triple effet patrimonial qu’on chiffre dans la partie suivante, avant d’enchaîner sur les leviers de rénovation et leur règle de cumul.

3. Impact patrimonial : décote à la revente, gel locatif et accès au crédit

La mécanique du DPE est désormais claire. Reste la vraie question, celle qui fait basculer la décision : combien la classe DPE coûte-t-elle, en cash, à celui qui ne fait rien ? Trois effets se superposent et forment le triple effet patrimonial : la décote à la revente, le gel locatif déjà en vigueur, et l’attitude des banques face au crédit. Commençons par chiffrer la décote, avant de voir comment elle se combine au gel et au verdissement du crédit.

3.1 Décote « valeur verte » à la revente : ce que mesurent les Notaires de France

L’étude annuelle des Notaires de France sur la valeur verte des logements (édition 2024, transactions 2023) chiffre l’écart de prix à caractéristiques équivalentes selon la classe DPE. Les ordres de grandeur sont nets : un G se vend −15 à −22 % moins cher en maison, et −10 à −12 % moins cher en appartement ; un F décote de −9 à −14 % en maison et −5 à −9 % en appartement ; à l’inverse, A ou B procure une surcote de +8 à +14 % en maison et +5 à +7 % en appartement (jusqu’à +16 % pour les meilleures A).

Diagramme en barres comparant la décote ou surcote du prix de vente selon la classe DPE de A/B à G, en distinguant maisons individuelles et appartements.
Décote « valeur verte » à la revente selon la classe DPE

Pourquoi la décote frappe-t-elle plus fort les maisons ? Parce que l’acheteur supporte seul le poids du DPE, sans mutualisation possible avec une copropriété, et que l’effet se creuse hors Île-de-France où un marché moins tendu absorbe moins facilement une passoire thermique DPE G. Un G parisien se discute, un G en région se brade.

Concrètement, vous achetez un appartement 200 000 € en classe G : à caractéristiques égales, il subit une décote de l’ordre de 20 % par rapport à un équivalent en D. Soit 40 000 € de perte sèche à la revente, plus de quatre années de loyers nets au rendement moyen de 4 %. Et c’est avant même de parler du gel locatif et du crédit.

3.2 Gel locatif, verdissement du crédit et fenêtre d’action

À la décote viennent s’ajouter deux effets, l’un sur le rendement courant, l’autre sur le financement. Le premier, déjà vu en 1.2 : le gel des loyers F/G depuis le 24/8/2022 interdit toute augmentation. Pour un bailleur F qui comptait rattraper l’inflation à la sortie du locataire, ce sont deux à trois ans de revalorisation qui partent en fumée, et la vacance s’allonge à mesure que les candidats regardent le DPE avant de prendre rendez-vous.

Graphique en courbes montrant la part cumulée du parc locatif privé interdit à la location entre 2024 et 2034 selon trois scénarios de rénovation.
Part cumulée du parc locatif interdit selon trois scénarios de rénovation (2024-2034)

Le second effet, c’est le verdissement du crédit. À mai 2026, le taux moyen sur 20 ans tourne autour de 3,35 % (baromètres meilleurtaux.com et observatoire Crédit Logement CSA). Les biens A à C profitent d’une bonification de quelques points de base au titre du « prêt vert », un effet réel mais qui varie d’un établissement à l’autre. À l’inverse, plusieurs banques majorent le taux ou refusent carrément le dossier sur un F ou un G, exigent un apport travaux dédié, ou imposent une condition suspensive d’audit énergétique. L’asymétrie est quasi-générale, même si la standardisation des green loans reste hétérogène. Les conditions 2026 sont détaillées dans notre guide du financement immobilier : taux, apport et prêts aidés.

Décote latente, rendement gelé, conditions de crédit dégradées : moins de deux ans nous séparent du 1er janvier 2028, date à laquelle les F basculeront dans le statut interdit. C’est précisément cette fenêtre que les leviers fiscaux 2026 sont conçus pour vous aider à exploiter.

4. Leviers de rénovation, cas particuliers et stratégie investisseur en 2026

Le coût de l’inaction est maintenant calculé. Reste à répondre à la question suivante : quelles aides cumuler, dans quel ordre, et que faire en copropriété ou en meublé ? Partons des quatre dispositifs et de leur règle de cumul, puis déroulons la séquence pratique, avant les cas particuliers et un cas pratique chiffré.

4.1 Les quatre aides cumulables et la règle de cumul à connaître

Quatre dispositifs se combinent en 2026. Le pivot, c’est le déficit foncier doublé DPE F G : 21 400 €/an d’imputation sur le revenu global (contre 10 700 € en régime normal), prorogé jusqu’au 31/12/2027 par la LF 2026, régime réel obligatoire car le micro-foncier exclut le dispositif, saut de classe E/F/G vers A/B/C/D prouvé par DPE avant et DPE après (BOFiP BOI-RFPI-BASE-30-20). Pour une TMI 41 %, ~8 800 € d’IR économisés plus les PS 17,2 % évités. À noter, les revenus fonciers restent à 17,2 % de PS, exclus de la hausse à 18,6 % portée par la LFSS 2026.

AidePlafond / montantCondition principaleCumul possible avec
Déficit foncier doublé21 400 €/an d’imputation revenu globalSaut classe DPE de E/F/G vers A/B/C/D, travaux 2023–2027MPR, éco-PTZ, CEE
MaPrimeRénov’ Accompagné (bailleur)5 % à 20 % HT selon revenusAccompagnateur Rénov’ + ≥ 2 sauts classe DPEÉco-PTZ, CEE, déficit foncier (sur reste à charge)
MaPrimeRénov’ GesteForfait par geste (hors PAC air/air)Engagement location 6 ans, RGEÉco-PTZ, CEE, déficit foncier
Éco-PTZJusqu’à 50 000 €Rénovation globale ≥ 35 % gainMPR, CEE, déficit foncier
Prime CEE / Coup de pouceVariable selon obligé et gesteDevis signé après convention CEEMPR, éco-PTZ
TVA 5,5 %Applicable directement sur devisTravaux d’amélioration énergétiqueToutes

Données à jour — mai 2026.

La règle de cumul est à graver dans le marbre : les aides publiques ne sont pas déductibles de la base déficit foncier (BOFiP BOI-RFPI-BASE-20-30-20, art. 31 du CGI). Seul le reste à charge après MaPrimeRénov’ et CEE est imputable. D’où cette astuce du cumul intelligent : un bailleur à TMI élevée priorise le déficit foncier doublé (l’économie d’IR à 41 % ou 45 % dépasse souvent la subvention en pourcentage) ; un bailleur peu imposé inverse l’arbitrage et fait passer en premier MPR Accompagné et CEE. Pour plus de détails consultez notre guide des dispositifs de défiscalisation immobilière et de leurs règles de cumul.

4.2 Séquence opérationnelle pour ne perdre aucune aide

Les aides sont cumulables, à condition de respecter un ordre précis : voici la séquence en dix étapes.

Diagramme de flux en dix étapes pour rénover une passoire G, avec points de vigilance à chaque étape pour préserver MPR, CEE, éco-PTZ et déficit foncier.
Séquence opérationnelle de rénovation d’une passoire G en 10 étapes

Vérifiez d’abord que le DPE initial est post-1/7/2021 et toujours valable, faites réaliser un audit énergétique (obligatoire pour l’éco-PTZ rénovation énergétique en globale et pour MPR Accompagné), engagez un Accompagnateur Rénov’ agréé France Rénov’ avant les devis. Attention à la chronologie car la convention CEE doit être signée AVANT le devis travaux, sinon la prime est définitivement perdue. C’est l’erreur la plus coûteuse du parcours, celle que l’on voit revenir le plus souvent. Devis ensuite avec entreprises RGE, demande d’éco-PTZ, réalisation des travaux. Une fois la rénovation terminée, DPE après travaux obligatoire pour prouver le saut de classe. Déclaration des revenus fonciers N+1 pour activer l’imputation, et le surplus au-delà de 21 400 € reste reportable 10 ans sur revenus fonciers et 6 ans sur revenu global. Si le projet inclut une pompe à chaleur, privilégiez la PAC air/eau plutôt que l’air/air, qui n’ouvre pas droit à MPR Geste.

4.3 Cas particuliers, stratégie investisseur G→C et checklist du bailleur 2026

Trois configurations dévient du cas standard. En copropriété, le DPE collectif copropriété 2026 devient obligatoire au 1/1/2026 pour les copropriétés de 50 lots ou moins équipées de chauffage commun, avec permis de construire antérieur au 1/1/2013 (les échéances sont déjà passées pour les copros plus grandes). Le PPPT, lui, est obligatoire pour toute copropriété de 15 ans ou plus depuis le 1/1/2025. Le bailleur copropriétaire ne maîtrise pas seul la trajectoire : vérifiez la position du PPPT et le DPE collectif AVANT d’engager des travaux privatifs, sinon vous risquez de payer deux fois la même rénovation. Le Coup de pouce CEE résidentiel collectif est prolongé pour la 6e période CEE à partir du 17/01/2026. Pour les monuments historiques classés ou inscrits ISMH, le décret n° 2021-19 art. 2, II, 5° prévoit une exemption de DPE, donc hors champ de l’interdiction location DPE 2026. En location meublée de résidence principale et en bail mobilité, le calendrier G/F/E s’applique comme vu en 1.2 ; les meublés de tourisme en zones tendues exigent la classe E depuis le 21/11/2024 (loi Le Meur). Vous trouverez plus de détails dans notre guide location meublée non professionnelle.

Cas pratique achat-rénovation d’une passoire G (appartement 50 m², métropole hors zone très tendue) :

  • Achat : 170 000 € pour le G, contre ~210 000 € en D, décote initiale ~19 % captée par l’acheteur.
  • Travaux G→C : 45 000 € TTC (isolation murs et combles, PAC air/eau, double vitrage, VMC).
  • MaPrimeRénov’ Accompagné (TMI 41 %, revenus supérieurs, 5 % HT) : ~1 900 €.
  • Prime CEE / Coup de pouce : ~3 500 €.
  • Éco-PTZ rénovation globale 35 % gain, 15 ans : 35 000 € financés à 0 %.
  • Déficit foncier doublé (TMI 41 %) : ~8 800 € d’IR économisés + PS 17,2 % évités.
  • Coût net après aides (hors éco-PTZ remboursable) : 45 000 − 1 900 − 3 500 − 8 800 = ~30 800 €.
  • Valeur après travaux (classe C) : ~205 000 € → plus-value latente de +35 000 €.

Note de Tom

ce type de montage achat-rénovation passoire G change l’équation par rapport à un D acheté tout fait : ticket d’entrée plus bas, aides qui allègent le coût net, saut de classe qui verrouille une plus-value latente. Le piège que j’ai vu chez plusieurs investisseurs, c’est de signer le compromis sans condition suspensive d’audit énergétique. Une banque sur deux peut bloquer le crédit sur un G en 2026.

Les risques, eux, restent bien réels : surcoût travaux à 110-120 % du budget fréquent, refus de prêt sans condition suspensive d’audit, délai de versement des aides de 6 à 12 mois, risque réglementaire si la méthode du nouveau calcul dpe 2026 est révisée à nouveau.

À faireÀ éviterErreurs fréquentes par étape
Vérifier la classe DPE actuelle et sa date d’établissementLouer un G en pensant qu’« on n’est pas contrôlé »Croire que le DPE 2018-2021 est encore valable
Demander une attestation rectificative gratuite si bien < 40 m² classé F/GRefaire un DPE complet payant avant de vérifier l’attestation rectificativePayer un nouveau DPE alors qu’une attestation ADEME suffit
Solliciter un Accompagnateur Rénov’ agréé France Rénov’Signer un devis travaux avant d’avoir déposé les dossiers d’aidesPerdre le CEE et la MPR par signature anticipée du devis
Conserver toutes les factures et le DPE avant + DPE aprèsMélanger travaux d’amélioration et travaux d’entretien dans la même déclarationVoir le déficit foncier doublé refusé faute de saut de classe prouvé
Vérifier l’impact en copropriété (PPPT, DPE collectif)Engager seul des travaux contradictoires avec le PPPT votéRefaire deux fois la même rénovation (privatif puis collectif)
Anticiper l’horizon 2028 (F) et 2034 (E) dès maintenantReporter en pariant sur une abrogation politiqueSe retrouver bloqué à 18 mois de la date butoir

Données à jour — mai 2026.

Triple effet patrimonial chiffré, quatre aides cumulables cartographiées, séquence pratique verrouillée, et un cas pratique G→C qui montre qu’un coût net autour de 30 800 € génère une plus-value latente proche de 35 000 €. Pour un bailleur F ou G, la fenêtre 2026-2027 reste la plus favorable de la décennie.

Conclusion

En 2026, le DPE est devenu l’angle d’attaque numéro un de la rentabilité locative, et il ne sert plus à rien de l’ignorer. Le calendrier est désormais gravé dans la législation, avec les G déjà sortis du marché de la nouvelle location, les F au 1er janvier 2028, puis les E au 1er janvier 2034. Et le coût de l’inaction se mesure sur trois fronts qui s’additionnent, à savoir la décote « valeur verte » jusqu’à 22 % sur une maison G hors Île-de-France, le gel des loyers F/G depuis août 2022, et le durcissement progressif du crédit pour les biens mal notés.

Face à ce triple effet, la bonne nouvelle, c’est que la boîte à outils 2026 n’a jamais été aussi fournie. Le déficit foncier doublé à 21 400 € prorogé jusqu’au 31 décembre 2027, MaPrimeRénov’ Accompagné, l’éco-PTZ jusqu’à 50 000 €, les CEE et la TVA à 5,5 % se cumulent à condition de respecter la séquence (audit, Accompagnateur Rénov’, convention CEE signée AVANT le devis, DPE avant et DPE après). Selon nous, pour un bailleur F ou G à TMI élevée, la fenêtre 2026-2027 reste la plus favorable de la décennie pour transformer une passoire en bien rentable, voire pour capter à l’achat une décote de 15 à 22 % et la convertir en plus-value latente.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre guide de stratégie d’investissement immobilier 2026, notre panorama des dispositifs de défiscalisation immobilière ainsi que notre guide de la fiscalité immobilière 2026, qui détaille le régime réel, l’IFI et la mécanique des plus-values.

FAQ

Qu’est-ce qui est interdit à la location en 2026 et selon quel calendrier ?

Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé DPE G ne peut plus être proposé à une nouvelle location nue à usage de résidence principale (article 160 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021). L’interdiction couvre les nouveaux baux, les renouvellements et les reconductions tacites ; un bail signé avant la date butoir court jusqu’à son terme contractuel. Au 1er janvier 2028, l’interdiction s’étendra aux F ; au 1er janvier 2034, aux E. La location meublée à usage de résidence principale et le bail mobilité suivent le même calendrier.

Quelle est la durée de validité d’un DPE en 2026 ?

Un DPE est valable 10 ans à compter de sa date d’établissement, pour les diagnostics réalisés selon la méthode 3CL depuis le 1er juillet 2021 (art. R.126-28 CCH, décret n° 2021-19). Les DPE établis entre 2013 et 2017 sont caducs depuis le 31 décembre 2022, ceux établis entre 2018 et le 30 juin 2021 sont caducs depuis le 31 décembre 2024. Un bailleur qui s’appuie sur ces anciens diagnostics doit en commander un nouveau avant tout nouveau bail ou renouvellement, sous peine d’inopposabilité.

Comment obtenir une attestation rectificative gratuite pour un petit logement (< 40 m²) classé F ou G ?

Les bailleurs de logements de moins de 40 m² disposant d’un DPE F ou G réalisé entre le 1er juillet 2021 et le 30 juin 2024 peuvent télécharger gratuitement une attestation rectificative auprès de l’ADEME, via le numéro de DPE à 13 caractères sur l’Observatoire DPE-Audit (observatoire-dpe-audit.ademe.fr), conformément à l’arrêté du 25 mars 2024 (art. 3) et à l’arrêté du 13 août 2025 (art. 2). Cette attestation remplace l’étiquette initiale pour les usages location et vente, sans visite du diagnostiqueur, et conserve la durée de validité d’origine. À vérifier avant de commander un nouveau DPE complet (100 à 250 €).

Quelle est la décote à la revente d’une passoire thermique en 2026 ?

D’après l’étude annuelle des Notaires de France sur la valeur verte (édition 2024, transactions 2023), les biens classés G subissent une décote de 15 à 22 % pour les maisons individuelles et de 10 à 12 % pour les appartements, par rapport à un bien D. Les F encaissent une décote de 9 à 14 % en maison et de 5 à 9 % en appartement. À l’inverse, les A/B affichent une surcote de 8 à 14 % en maison et de 5 à 7 % en appartement (jusqu’à +16 % pour les A). La décote est plus marquée sur les maisons individuelles et hors Île-de-France.

Quels leviers fiscaux et aides mobiliser pour rénover une passoire thermique en 2026 ?

Quatre dispositifs principaux cumulables sous conditions. (1) Le déficit foncier doublé à 21 400 €/an pour des travaux faisant passer le bien de E/F/G à A/B/C/D, prorogé jusqu’au 31 décembre 2027 (régime réel obligatoire). (2) MaPrimeRénov’ 2026 en parcours Geste ou Accompagné (5 à 20 % HT pour les bailleurs selon revenus, ≥ 2 sauts de classe en Accompagné). (3) L’éco-PTZ jusqu’à 50 000 € sur 20 ans pour rénovation globale (gain ≥ 35 %). (4) Les CEE et le Coup de pouce, dont la convention doit être signée AVANT le devis travaux. Règle de cumul : les aides ne sont pas déductibles de la base déficit foncier (seul le reste à charge est imputable).

Le bail mobilité échappe-t-il aux interdictions de location des passoires ?

Non. Le DPE est obligatoire à la signature d’un bail mobilité, et le calendrier général d’interdiction G/F/E s’applique. La loi Climat et Résilience ne prévoit pas de dérogation spécifique : les locations meublées G sont interdites depuis le 1er janvier 2025, bail mobilité comme location meublée classique de résidence principale (voir notre guide LMNP). Une lecture minoritaire considère que le caractère temporaire du bail mobilité exclurait l’application stricte des interdictions, mais cette interprétation n’est pas étayée par les textes en vigueur. Par prudence, anticipez le calendrier G/F/E comme pour la location nue.

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