
Un taux affiché autour de 9 % brut sur du crowdfunding immobilier, ça donne forcément envie de tenter Homunity. Mais entre le rendement promis et ce qui finit réellement sur votre compte, l’écart peut être brutal. Depuis le retournement du cycle immobilier amorcé en 2023, près de 23 % du capital prêté sur la plateforme accuse plus de six mois de retard, et un seul promoteur défaillant peut effacer une bonne partie de vos gains. Le risque que vous prenez n’est donc pas celui que le taux laisse imaginer.
Alors ce taux à deux chiffres tient-il ses promesses ? Dans cet avis Homunity, on sépare le rendement brut contractuel du net réellement encaissé après impôt et défauts, avant de passer au crible la sélection des projets, le cadre réglementaire et la place de la plateforme face à ses concurrents. Puis on tranche.
1. Le modèle Homunity : prêter à des promoteurs immobiliers via des obligations
Avant de regarder ce qu’il reste du rendement, comprenons ce que vous achetez quand vous placez 1 000 € sur Homunity. Cette section décrit le fonctionnement, du support juridique au circuit de l’argent ; les suivantes traitent du rendement réel, de la sélection et du cadre réglementaire.
1.1 Une plateforme de crowdfunding immobilier obligataire adossée à Tikehau Capital
Homunity met en relation des particuliers et des opérateurs immobiliers, surtout des promoteurs et des marchands de biens qui cherchent à financer une partie des fonds propres d’une opération. Créée en 2014 (RCS de Paris, 11 septembre 2014), la société a été rachetée en janvier 2019 par Tikehau Capital, via sa filiale Credit.fr. La plateforme met volontiers en avant cet adossement à un gérant d’actifs coté comme gage de solidité. Mais attention au raccourci : la solidité de l’actionnaire ne dit rien de la performance des placements eux-mêmes, ce sont deux questions distinctes.
Ce que vous souscrivez, ce n’est ni une part de SCPI (société civile de placement immobilier) ni un bien en direct, mais des obligations émises par la société de projet du promoteur, une SAS dédiée à l’opération. L’obligation est un titre de créance : le promoteur s’engage à rembourser le capital à une échéance fixée et à verser des intérêts à un taux connu d’avance. Le rendement n’est donc ni un loyer ni un dividende, c’est un intérêt, et ça change toute la fiscalité. Cette dette privée immobilière se loge dans un compte assimilé fiscalement à un compte-titres ordinaire (CTO), éligible ni au PEA (plan d’épargne en actions) ni à l’assurance-vie. Pour un tour d’horizon plus large, vous pouvez consulter l’analyse du crowdfunding immobilier 2026 — VEFA, opérateurs régionaux et taux de défaut.
1.2 Le circuit d’un euro investi : créancier junior, blocage 12-36 mois, in fine
Pour comprendre le risque, le plus simple est de suivre l’argent. Les fonds levés financent en général la quote-part de fonds propres exigée par la banque qui octroie le crédit principal. Le crowdfunding joue donc le rôle de dette junior, ce qui vous place en créancier junior, derrière la banque dans l’ordre de remboursement. Ce rang justifie un taux élevé, de 8 à 10 % brut par an, mais il vous expose à un risque supérieur à celui du prêteur bancaire.
Les opérations sont courtes, de 12 à 36 mois, et le remboursement se fait le plus souvent in fine, capital et intérêts versés en une fois à l’échéance (certains projets prévoient des coupons intermédiaires). Voici un point qu’on sous-estime souvent : le risque se matérialise à l’échéance, pas avant ; tant que le projet n’arrive pas à terme, tout paraît normal. Une fois souscrit, le capital reste immobilisé jusqu’à l’échéance, sans retrait anticipé garanti, et cette illiquidité, on la rapprochera du cadre réglementaire plus loin.
Le ticket d’entrée est de 1 000 € par projet. L’inscription est gratuite, avec vérification d’identité (KYC, « know your customer ») et test d’adéquation réglementaire. Aucun frais d’entrée ne vous est facturé, puisque Homunity se rémunère sur le promoteur.

2. Rendement affiché vs rendement réellement encaissé
Le taux à deux chiffres affiché sur chaque projet est un point de départ, pas un résultat. Cette section sépare trois niveaux de rendement, distingue retard et défaut, puis chiffre ce qu’il reste.
2.1 Trois niveaux de rendement : brut contractuel, net de fiscalité, net de risque
Le piège, c’est de raisonner sur un seul chiffre. Le taux affiché est un rendement contractuel brut, autour de 8 à 10 % par an, moyenne pondérée déclarée d’environ 9,2 % (9,18 % pour 2025). Une fois retranché le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %, dont on détaille la composition plus loin, il reste de l’ordre de 5,5 à 6,9 % par an, uniquement si aucun projet ne fait défaut. Reste un troisième chiffre, celui que la plateforme communique, un TRI net de risque d’environ 8,83 % sur 2025, coût du risque annuel déclaré à 0,00 %.
| Niveau de rendement | Définition | Ordre de grandeur Homunity / marché |
|---|---|---|
| Rendement contractuel brut | Coupon promis dans le contrat obligataire | ≈ 8-10 % p.a. (moyenne pondérée déclarée ≈ 9,2 %) |
| Rendement net de fiscalité | Après PFU 31,4 % sur les intérêts | ≈ 5,5-6,9 % p.a. (si aucun défaut) |
| Rendement net de risque (TRI déclaré) | TRI net de risque communiqué par la plateforme | ≈ 8,83 % p.a. (millésime 2025, coût du risque annuel déclaré 0,00 %) |
Données à jour — juin 2026. Source plateforme : homunity.com/statistique (auto-déclarées).
Ces chiffres appellent une réserve : ils sont largement auto-déclarés et demandent à être datés et recoupés, en particulier ce TRI net de risque et ce coût du risque nul. Le rendement net de fiscalité, lui, suppose d’encaisser tous les intérêts, hypothèse à confronter aux taux de retard. Et ce placement se loge dans un CTO, sans enveloppe protégée.
2.2 Taux de retard vs taux de défaut : pourquoi les chiffres divergent autant
C’est la question la plus sensible, et l’écart entre les sources tient d’abord à une affaire de définition. Le taux de retard mesure la part des projets dont l’échéance est dépassée, souvent au-delà de six mois. Le taux de défaut, lui, mesure le capital effectivement perdu une fois les procédures dénouées ; il est structurellement plus bas, car beaucoup de retards finissent par être remboursés.
Pour Homunity, l’écart est franchement saisissant. Le taux de défaut auto-déclaré ressort très bas, de 0 % à 0,95 % des montants sur 2022-2023, quand des analyses tierces retenant une définition plus large (retards longs et procédures en cours) avancent un taux autour de 9 % en 2024. L’écart tient donc à la définition, pas à une fraude. Sur les retards, les comparateurs (mi-2025) font état d’environ 23 % du capital restant dû en retard de plus de six mois et de près de 11 % en procédures collectives, cohérent avec un marché français à 25-30 % des montants en retard de plus de six mois en 2025.
Une confusion fréquente mérite d’être levée : la requête « Homunity redressement judiciaire » porte presque toujours sur les promoteurs financés, dont certains ont fait l’objet de procédures collectives entre 2023 et 2026, et non sur la société de gestion. C’est là le risque structurel du modèle, car le défaut d’un promoteur peut entraîner une perte partielle ou totale du capital prêté. Pour l’ampleur sectorielle, le guide du crowdfunding 2026 documente un taux de défaut sectoriel de 12-17 %, la flat tax 31,4 % et la baisse de la collecte. Reste à voir ce que cela donne une fois ramené à un portefeuille.
2.3 Scénarios chiffrés : combien il reste après impôt et défauts
Le bon calcul se fait net de défauts et de PFU 31,4 %, jamais sur le seul taux brut. Prenons un portefeuille de 20 projets à 1 000 €, rémunérés 9,5 % brut sur 24 mois. Sans défaut, le rendement net tourne autour de 6,5 % par an ; avec un projet en perte totale (5 % du capital effacé), il tombe à 3,5-4 % ; et avec deux pertes totales (10 % du capital), il ne vous reste plus que 1-2 % par an.
| Scénario | Hypothèse de pertes | Rendement net annualisé approximatif (après PFU 31,4 %) |
|---|---|---|
| Aucun défaut | 0 % du capital | ≈ 6,5 % p.a. |
| 1 projet sur 20 en perte totale | 5 % du capital | ≈ 3,5-4 % p.a. |
| 2 projets sur 20 en perte totale | 10 % du capital | ≈ 1-2 % p.a. |
Calcul de sensibilité illustratif — juin 2026 ; arrondis indicatifs.
Autrement dit, un ou deux défauts suffisent à ramener le rendement net sous celui d’un fonds euros ou d’un livret, malgré un taux à deux chiffres. C’est tout l’intérêt de la diversification : répartir sur au moins 15 à 20 projets ne supprime pas le risque, mais il l’étale, car un défaut isolé ne pèse alors que sur une fraction plus faible du capital.

3. Sélection des projets, sûretés et cadre réglementaire et fiscal
Vous savez désormais ce que rapporte un projet réussi, et ce qu’il coûte quand il échoue. Reste à comprendre ce qui protège l’investisseur en amont, de la sélection au statut réglementaire, et ce que cela ne couvre pas.
3.1 Due diligence et sûretés : ce que la sélection garantit (et ce qu’elle ne garantit pas)
La due diligence, c’est l’ensemble des vérifications menées avant de proposer un projet. Homunity communique sur une sélectivité forte, de l’ordre de 10 % des projets audités retenus, et déclare examiner trois familles d’éléments : le promoteur (antériorité, track record, solidité financière), l’opération (permis purgé de recours, pré-commercialisation en VEFA, marge prévisionnelle, plan de financement bancaire) et les sûretés (hypothèque, caution solidaire ou nantissement), dont la nature et le rang varient projet par projet. Le bon réflexe est de vérifier ces trois points, car si le projet ne supporte aucun aléa, le taux élevé ne compense pas le risque.
La limite de l’exercice doit être claire. Une due diligence rigoureuse ne vous protège pas contre une dégradation du marché en aval, qu’il s’agisse d’une hausse des coûts de construction, d’une mévente des lots ou d’un recours de tiers. Le risque résiduel reste entièrement supporté par l’obligataire, puisque le crowdfunding finance la tranche la plus junior. La sélection réduit la probabilité d’un mauvais dossier, elle ne neutralise pas le cycle, un trait commun à tout le crowdfunding immobilier.
3.2 Statut PSFP et fiscalité PFU 31,4 % : un encadrement sans garantie
Sur le plan réglementaire, Homunity opère sous le statut de Prestataire de Services de Financement Participatif (PSFP), avec un agrément de l’Autorité des marchés financiers (AMF) n° FP-2023-31 délivré le 9 novembre 2023 après avis de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), en application du règlement (UE) 2020/1503. Ce statut apporte des protections bien réelles : plafond de collecte de 5 M€ sur 12 mois par porteur de projet, document d’informations clés standardisé (KIIS) par opération, test d’entrée de connaissances, délai de réflexion de 4 jours pour les non-avertis et avertissement explicite sur le risque de perte. Mais ce qu’il n’apporte pas compte tout autant : aucune garantie en capital, ni fonds de garantie des dépôts ni garantie de l’État, et aucune garantie de liquidité, le capital restant bloqué jusqu’à l’échéance faute de marché secondaire fiable.
Sur le plan fiscal, les intérêts perçus sont des revenus de capitaux mobiliers, soumis au PFU de 31,4 %, qui se décompose en 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (la hausse des PS de 17,2 % à 18,6 % résultant de la LFSS 2026). Ils ne sont éligibles ni au PEA ni à l’assurance-vie et se logent dans un compte titres ordinaire. Deux points méritent votre attention. Si votre foyer est faiblement imposé, l’option pour le barème progressif (option globale du foyer) peut s’avérer plus avantageuse que le PFU. Et l’imputation d’une perte en capital obéit à un régime restrictif, uniquement sur des intérêts de même nature, dans la limite de 8 000 € par an, avec report sur 5 ans (à confirmer au cas par cas).
| Critère | Crowdfunding immobilier obligataire (Homunity) |
|---|---|
| Statut plateforme | PSFP (agrément AMF n° FP-2023-31, 09/11/2023, avis ACPR) |
| Support | Obligation (titre de créance), via compte assimilé CTO |
| Garantie en capital | Aucune (perte totale possible) |
| Liquidité | Bloqué jusqu’à échéance ; pas de marché secondaire fiable |
| Fiscalité des intérêts (2026) | PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) |
| Option barème | Possible (sur option globale du foyer) |
| Éligibilité PEA / AV | Non |
Cadre à jour — juin 2026.
Sélection et cadre sont désormais clairs, mais reste la question que tout lecteur se pose avant de signer : la plateforme tient-elle ses promesses dans la durée, et comment se situe-t-elle face à ses concurrents ?
4. Track record, avis utilisateurs et place face aux concurrents
Pour juger de la fiabilité d’une plateforme sur la durée, on dispose déjà de deux jeux de données : les chiffres de track record que Homunity communique, et les retours des autres investisseurs. On va confronter les deux, puis situer Homunity face à ses deux concurrents les plus directs.
4.1 Fiabilité et transparence : avis utilisateurs et chiffres auto-déclarés
Sur l’ancienneté, Homunity affiche des repères solides pour le secteur : une collecte cumulée d’environ 857 M€ et près de 660 projets financés depuis 2016. C’est une assise réelle, qui place la plateforme parmi les acteurs établis du marché. Mais fiable ne veut pas dire sans risque, et il faut bien séparer deux plans. D’un côté, la société de gestion, une SASU adossée à Tikehau Capital et titulaire du statut PSFP, n’est ni en procédure collective ni en difficulté recensée (registres Pappers). De l’autre, les sociétés de projet sont juridiquement distinctes, si bien qu’une défaillance de la plateforme ne ferait pas disparaître les créances obligataires. Côté placements, en revanche, la fiabilité reste par construction limitée, puisqu’il n’existe aucune garantie en capital et que le risque de défaut s’est matérialisé depuis 2023.
Les avis d’utilisateurs, eux, donnent un éclairage qualitatif, jamais une statistique. Et le tableau est contrasté : Google ressort plutôt positif, Trustpilot nettement plus négatif, et les forums communautaires (type Boursorama) confirment la même bascule. La satisfaction porte sur l’ergonomie et le rendement perçu en phase haussière ; le mécontentement, en hausse depuis 2023-2024, se cristallise sur les retards de remboursement et le manque de communication quand un projet dérape. Un point mérite vraiment qu’on s’y arrête : le grief dominant n’est pas la fraude mais l’illiquidité subie. L’investisseur attend, sans recours individuel efficace, le dénouement d’une opération en retard. C’est exactement ce que recouvre la requête fréquente « Homunity redressement judiciaire », qui vise les promoteurs financés, jamais la société de gestion.
Reste la transparence des chiffres eux-mêmes. Et c’est là qu’il faut garder l’œil ouvert : les indicateurs de la plateforme sont largement auto-déclarés, avec une méthodologie qui ne précise pas toujours la définition du retard. C’est ce qui explique la dispersion déjà rencontrée, un taux de défaut affiché sous 1 % contre près de 9 % en lecture tierce, un TRI net de risque de 8,83 % qui coexiste avec environ 23 % de capital en retard de plus de six mois. Ces écarts ne traduisent pas une dissimulation, mais ils imposent une discipline simple : toujours dater et recouper la donnée avant de s’y fier.
4.2 Homunity face à Raizers et Anaxago : un même risque de fond
Le positionnement se lit toujours mieux par comparaison. Homunity reste centré sur les obligations de promoteurs immobiliers, avec un ticket de 1 000 € et l’adossement à Tikehau. Raizers, lui, joue la dimension européenne sur des obligations immobilières, avec un ticket standard de 1 000 € qui descend à 100 € sur certains produits. Anaxago est le plus diversifié des trois, puisqu’il mêle immobilier et capital-investissement sous forme de club deals, à partir de 1 000 € et souvent davantage.
| Plateforme | Modèle dominant | Ticket d’entrée indicatif | Positionnement |
|---|---|---|---|
| Homunity | Obligations de promoteurs immobiliers | 1 000 € | Immobilier obligataire, adossé à Tikehau Capital |
| Raizers | Obligations immobilières, dimension européenne | 1 000 € standard (dès 100 € sur certains produits) | PSFP, projets France + Europe |
| Anaxago | Immobilier + capital-investissement / club deals | 1 000 € (davantage selon le produit) | Plus diversifié (equity, private equity) |
Données à jour — juin 2026.
La différenciation se joue donc sur la sélectivité, la qualité du reporting et l’axe de diversification, géographique chez Raizers, par classes d’actifs chez Anaxago. Mais sur le fond, ne nous voilons pas la face : les trois partagent le même profil de risque, perte en capital possible, illiquidité de 12 à 36 mois, dépendance au cycle immobilier. Aucune ne s’en affranchit, parce que c’est le modèle lui-même qui le porte. D’où une conséquence très pratique : répartir sur deux ou trois plateformes réduit le risque de concentration sur la méthode de sélection d’un seul acteur, sans rien changer au risque sectoriel commun. Pour creuser le profil d’un concurrent direct, l’analyse Anaxago 2026 détaille le TRI net de 9,6 % sur l’immobilier obligataire, le taux de défaut réel et le PFU 31,4 %.

5. Notre verdict : pour qui Homunity a du sens, et à quelles conditions
Vous avez désormais toutes les pièces en main : modèle obligataire, rendement réel, sélection et cadre, réputation et concurrents. Reste à trancher la seule question qui compte vraiment, celle de savoir si ce placement convient à votre situation.
5.1 À qui ce placement s’adresse — et à qui il ne s’adresse pas
Le verdict tient en une suite de conditions, qu’on peut dérouler comme un arbre de décision. Avez-vous déjà constitué une épargne de précaution sur des livrets ? Sinon, ce n’est pas le moment. Pouvez-vous bloquer ces fonds 12 à 36 mois sans en avoir besoin ? Sinon, l’illiquidité vous piégera. Êtes-vous en mesure de diversifier sur au moins 15 à 20 projets ? Sinon, la concentration annule le bénéfice. Acceptez-vous qu’une perte totale soit possible sur un projet donné ? Sinon, mieux vaut une SCPI ou un fonds euros. Si vous répondez oui à tout, alors ce placement a sa place dans la poche risque du patrimoine, en plafonnant l’exposition à 5-10 % du patrimoine financier.

Notre verdict, en restant neutre : le rendement brut est attractif, mais le net réellement encaissé reste sensible aux défauts et à l’illiquidité, ce qui en fait un oui conditionnel, pas un blanc-seing. Homunity a du sens pour un investisseur particulier averti et discipliné, qui traite le crowdfunding comme une brique de diversification à haut rendement. Il n’en a aucun pour un premier placement, pour un capital nécessaire à court terme, ou pour un patrimoine déjà concentré sur l’immobilier. Et si vous voulez comparer ce profil à des alternatives plus liquides ou mutualisées, la pierre papier 2026 compare SCPI, OPCI, foncières cotées et crowdfunding selon le rendement net après frais et fiscalité.
Note de Tom
quand on répartit son patrimoine sur plusieurs classes d’actifs, on apprend vite à mettre les acteurs en concurrence et à ne jamais juger un placement sur son seul taux brut. Sur ce type de dette, je raisonne toujours en net de PFU et je plafonne l’enveloppe avant même de regarder le premier projet.
5.2 Récapitulatif décisionnel : à faire, à éviter, erreurs fréquentes
Le tableau ci-dessous condense tout ce qui précède, dimension par dimension, sans rien introduire de neuf. Chaque ligne renvoie à une notion déjà traitée plus haut et vous sert de checklist avant de souscrire.
| Dimension | À faire | À éviter | Erreur fréquente |
|---|---|---|---|
| Place dans le patrimoine | Réserver à la poche « risque » ; plafonner (ex. ≤ 5-10 % du patrimoine financier) | Y mettre son épargne de précaution ou un capital nécessaire à court terme | Croire qu’un taux à 9-10 % est « sûr » parce que la plateforme est sérieuse |
| Rendement | Raisonner en net de défauts ET de PFU 31,4 % (≈ 6,5 % net si aucun défaut, bien moins sinon) | Retenir le seul taux brut contractuel affiché | Confondre rendement contractuel et rendement réellement encaissé |
| Risque | Accepter la possibilité d’une perte totale sur un projet ; diversifier sur ≥ 15-20 projets | Concentrer sur 1-2 projets ou une seule plateforme | Sous-estimer le taux de retard du marché (≈ 25-30 % des montants > 6 mois en 2025) |
| Liquidité | Bloquer uniquement des fonds non nécessaires sur 12-36 mois | Compter sur une revente anticipée | Croire à une liquidité comparable à un livret ou un fonds euros |
| Sélection / due diligence | Lire la fiche projet, vérifier sûretés (hypothèque, caution solidaire, nantissement), pré-commercialisation, solidité du promoteur | S’en remettre au seul label « ~10 % de projets retenus » | Penser que la due diligence amont annule le risque marché aval |
| Réglementaire | Vérifier le statut PSFP (agrément AMF n° FP-2023-31) et l’absence de garantie en capital | Confondre PSFP avec une garantie publique | Croire à une protection type fonds de garantie des dépôts |
| Fiscalité | Appliquer le PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) ; comparer avec l’option barème | Traiter les intérêts comme des revenus fonciers ou un produit défiscalisé | Espérer loger ce placement en PEA ou assurance-vie (impossible) |
Conclusion
Notre verdict sur Homunity reste neutre, mais sans ambiguïté. Le rendement brut affiché, autour de 9,2 %, séduit vraiment quand on cherche mieux que les livrets ; le problème n’est pas là. Il est dans tout ce qui le rabote : près de 23 % du capital prêté en retard de plus de six mois, une illiquidité subie de 12 à 36 mois, un PFU de 31,4 % qui ampute encore le net, et aucune garantie en capital au bout du compte. Ce qu’on observe, c’est qu’Homunity n’a de sens que pour un investisseur averti, qui a déjà constitué son épargne de précaution, plafonne cette ligne dans sa poche risque et diversifie sur au moins 15 à 20 projets. En dessous, le taux séduit mais le risque réel reste largement sous-estimé.
Pour situer cet homunity avis dans un cadre plus large, notre tour d’horizon du crowdfunding immobilier après la liquidation Koregraf détaille les taux de défaut du marché, tandis que le guide du crowdfunding 2026 compare le homunity crowdfunding à l’EnR et au financement de PME (petites et moyennes entreprises), rendement net après flat tax à l’appui.
FAQ — Homunity et le crowdfunding immobilier en 2026
Homunity, c’est quoi exactement ?
Homunity est une plateforme française de financement participatif immobilier créée en 2014, rachetée par Tikehau Capital via la filiale Credit.fr en janvier 2019. Concrètement, vous prêtez de l’argent à des promoteurs ou marchands de biens via des obligations : votre capital est bloqué 12 à 36 mois, remboursé en une seule fois à l’échéance (in fine), avec les intérêts au taux contractuel. Ce n’est ni une SCPI ni de l’immobilier en direct, et le ticket d’entrée est de 1 000 € par projet. La plateforme détient l’agrément PSFP de l’AMF (n° FP-2023-31, délivré le 9 novembre 2023).
Quel est le taux de défaut réel de Homunity ?
Il faut distinguer retard et défaut. Le taux de défaut auto-déclaré par Homunity est inférieur à 1 % des montants (0 à 0,95 % sur 2022-2023). Des analyses tierces, retenant une définition plus large du défaut, avancent un chiffre proche de 9 % en 2024 — l’écart tient à la méthode de calcul, pas à une dissimulation. Le taux de retard, lui, est nettement plus élevé : environ 23 % du capital en retard de plus de 6 mois et près de 11 % concernés par des procédures collectives (données Finance-Héros, mi-2025). Ce contexte est commun à l’ensemble du marché depuis le retournement de cycle de 2023.
Homunity est-elle en redressement judiciaire ?
Non. La société de gestion Homunity (SASU) ne fait l’objet d’aucune procédure collective à sa charge en 2026, comme le confirment les registres légaux (Pappers). La confusion vient du fait que plusieurs promoteurs financés via la plateforme ont, eux, connu des procédures de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire entre 2023 et 2026. C’est le défaut d’un promoteur qui peut entraîner une perte partielle ou totale sur le projet concerné, pas la défaillance de la société Homunity elle-même.
Homunity est-elle fiable ?
La fiabilité se lit sur deux plans distincts. Côté société, l’actionnariat Tikehau Capital et le statut PSFP réduisent le risque de disparition brutale ; les sociétés de projet sont juridiquement distinctes de la plateforme, ce qui isole chaque opération. Côté placements, la fiabilité est par construction limitée : aucune garantie en capital n’existe, et le risque de défaut s’est matérialisé depuis 2023. Une plateforme peut être sérieuse et l’investisseur perdre quand même de l’argent sur un projet défaillant. « Fiable » ne signifie pas « sans risque ».
Quel rendement net peut-on attendre après impôt ?
Le rendement contractuel brut moyen pondéré est d’environ 9,2 % par an. Après le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % applicable depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d’IR + 18,6 % de prélèvements sociaux), il reste environ 6,3 à 6,5 % net si aucun défaut ne survient. Un seul projet perdu sur vingt (5 % du capital) ramène ce net à 3,5-4 % ; deux défauts le font descendre à 1-2 %, sous un fonds euros ou un livret. C’est pourquoi raisonner sur le taux brut affiché sans intégrer la fiscalité et le risque de perte donne une image trompeuse du rendement réel.
Homunity vs Raizers vs Anaxago : laquelle choisir ?
Les trois plateformes partagent le même risque de fond : perte en capital possible, capital bloqué, aucune garantie. Homunity se concentre sur l’immobilier obligataire français avec un ticket de 1 000 € et bénéficie de l’adossement Tikehau Capital. Anaxago couvre l’immobilier obligataire et le capital-investissement (club deals), ce qui permet une diversification de classes d’actifs au-delà du seul immobilier. Raizers propose également des obligations immobilières, avec une dimension européenne et un ticket dès 100 € sur certains produits. Plutôt que de choisir une seule plateforme, répartir entre deux ou trois acteurs réduit le risque de concentration sur la méthode de sélection d’un seul opérateur.
Quel est le ticket d’entrée minimum chez Homunity ?
1 000 € par projet, sans frais d’entrée concernant l’investisseur (la plateforme est rémunérée par le promoteur). Pour diversifier correctement — au moins 15 à 20 projets distincts — il faut donc prévoir un budget global cohérent. En dessous de ce seuil de diversification, le risque de concentration annule l’essentiel de l’espérance de rendement.
Peut-on récupérer son argent avant l’échéance chez Homunity ?
Non. Le capital est bloqué entre 12 et 36 mois ; aucun retrait anticipé garanti, aucun marché secondaire fiable. Avec environ 23 % du capital en retard de plus de 6 mois en 2025, l’échéance effective peut dépasser la durée contractuelle. C’est une illiquidité réelle à intégrer avant d’investir.
Données à jour — juin 2026.




